Idéologie socialiste et Féminisme d’Etat au Sénégal : de  Senghor à Abdou Diouf

Katy Cissé Wone
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10eme Assemblée Générale du CODESRIA
du 8 au 12 décembre 2002
Kampala/Ouganda


 

Le Sénégal était encore en 1945 une colonie française qui avait conservé certaines caractéristiques spécifiques de son mode de gouvernement, dans le cadre de l’empire français. L’une d’elle était son organisation administrative et politique qui reposait sur une distinction entre le régime de gouvernance locale des Quatre communes de Saint Louis, de Gorée, de Rufisque et de Dakar dont les habitants jouissaient de la citoyenneté française et le territoire sous administration directe habité par des « sujets » français soumis au code de l’indigénat.

Cette forme d’Administration amènera Wesley Johnson à dire que :

"le fait de pouvoir agir à l’intérieur du système colonial était en fait une

chance pour les Sénégalais à une époque ou la plupart des colonisés

étaient privés de droits politiques et humain".

En effet dès le 18ème siècle, les citadins français des communes de Saint Louis et Gorée étaient impliqués dans les nouvelles dynamiques politiques révolutionnaires de la France. L’assemblée nationale de 1848 comptera un député de la colonie sénégalaise en la personne de Durand Barthélémy, créole de Saint Louis .

Le système de régime exceptionnel sera étendu à Rufisque et Dakar. "En 1879, un conseil général acheva de doter les quatre communes de véritables institutions d’administration locale dirigées par les citadins"

A partir de 1909, c’est le début de l’éveil politique africain avec l’émergence de leaders comme Galandou Diouf originaire de Saint Louis , élu par les lébous de Rufisque pour siéger au conseil général . Cette époque marque le début des péripéties qui vont permettre aux africains noirs d’être des acteurs politiques conscients de leur situation de subordonnés face à un pouvoir aux mains des français et des créoles.

La victoire électorale de Blaise Diagne aux élections de 1914, confirme la tendance de l’éveil politique des sénégalais, largement suscité non pas seulement par un système administratif colonial d’exception , mais également par l’éducation moderne et une culture urbaine porteuses de nouvelles dynamiques.

Différentes formations politiques se sont crées par la suite, dont les plus importantes, que sont la SFIO et le BDS (Section Française de l’Internationale Ouvrière et le Bloc Démocratique sénégalais) , se sont distinguées dans la conquête et la consolidation des droits des sénégalais et des sénégalaises.

En 1945, Lamine Guèye, le leader de la section sénégalaise de la SFIO (et son colistier Léopold Sédar Senghor sont élus députés à l’Assemblée nationale constituante française. C’est cette même année que les femmes des Quatre communes, citoyennes françaises, obtiennent le droit de vote après une forte mobilisation politique et administrative. Sous la conduite de Lamine Guèye, elles se sont battues pour que l’ordonnance du 21 Avril 1944 portant réorganisation des pouvoirs publics français après la libération, soit appliquée, en particulier l’article 17 qui spécifie que les femmes sont désormais « électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». En effet les décrets d’application et d’organisation restreignaient la disposition relative aux droits de vote des femmes aux seules citoyennes des territoires français de l’Algérie, de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion , la Guyane et Madagascar. L’application discriminatoire de l’article 17 est précisée par le décret du 19 Février , réservé à l’AOF et au Togo qui exclut les africaines citoyennes de toute participation à des opérations électorales.

Face à la mobilisation des femmes des Quatre communes puissamment soutenue et relayée par la SFIO, la riposte s’organise aussitôt. On assiste alors à des tentatives d’alliances des autorités coloniales et des marabouts sujets français. Pour les premières, le stade d’évolution peu avancé des africaines justifiait leur exclusion et pour les seconds, les interdits de l’Islam légitiment l’exclusion des femmes de la sphère politique publique. Malgré la collusion de l’administration coloniale et des marabouts, les femmes obtiennent gain de cause, grâce à une mobilisation déterminée, appuyée par leurs leaders politiques. Le nouveau décret promulgué le 6 Juin 1945 leur reconnaît le droit de vote.

Fraîchement armées de leur droit de vote, elles vont massivement participer aux élections municipales de Juillet 1945 , qui vont enregistrer la victoire de la liste de leur défenseur Lamine Guéye, qui au delà des idéaux de justice et de dignité pour les femmes avait également des préoccupations électoralistes. Malgré le rôle important qu’elles ont joué dans sa carrière, les femmes ne trouveront pas une grande place dans l’ouvrage biographique de Lamine Guéye, qui se contente de mettre en exergue le rôle qu’il a lui même joué dans l’obtention du droit de vote des femmes ; en effet , il y est très peu fait mention de la forte mobilisation et de la détermination des femmes dans ce combat démocratique, d’autant plus qu’il était intervenu dans un climat encore emprunt des tensions politiques liées aux exécutions par les colons, de tirailleurs sénégalais qui réclamaient leurs paiements au camp de Thiaroye dans la journée du 28 Novembre 1944.

La forte présence des femmes dans les joutes politiques depuis l’émergence d’une vie politique moderne s’expliquerait par le fait que, au même titre que les jeunes, elles se trouvaient à la périphérie du système colonial et n’y avaient pas par conséquent beaucoup d’intérêts ; pour cette raison, elles ont été utilisées par les hommes politiques , fonctionnaires dans les frondes contre le pouvoir colonial.

La mobilisation des femmes pour obtenir le droit de voter a eu un effet décisif dans leur participation lors des élections municipales. Les organisations partisanes, en véritables entrepreuneures politiques, avaient perçu tout le bénéfice qu’elles pouvaient tirer du nouveau statut d’électrice et d’éligible des femmes. Utilisées comme ressources politiques, par les différentes organisations partisanes, elles constituent le « fer de lance » du BDS, créé en 1948 par Léopold Sédar Senghor qui s’éloigne de la SFIO. Cependant certaines voix, comme celle de Rose Basse, responsable des femmes, commencent à revendiquer une « représentation de l’élément féminin à la prochaine assemblée et au Gouvernement, en un mot à tous les échelons de la vie nationale » lors du premier congrès national de l’UPS de Février 1959, tenu dans la ferveur nationaliste et les promesses infinies de l’indépendance.

Le parti de Senghor, développant les mêmes stratégies politiques que la SFIO en direction des femmes et appuyé sur les masses rurales , remporte les élections législatives de 1951 et de 1956 face à la SFIO et inaugure une démarche qui sera mise en œuvre pendant un demi-siècle de fusion/intégration des autres formations surtout à partir de 1957, pour devenir successivement le BPS (Bloc Populaire Sénégalais), l’UPS (Union Progressiste Sénégalaise)en 1958,et, suite à son admission à l’Internationale socialiste, en 1976 il devient le Parti socialiste (PS).

Après un règne de 20 ans, le président Senghor quitte volontairement le pouvoir et cède la place à Abdou Diouf qui a été son second pendant de longues années.

Ce dernier restera également 20 ans à la tête de l’Etat sénégalais avant d’être démocratiquement battu aux élections de Mars 2000.

Tous les deux ont initié et développé une politique de promotion de la femme.

Notre travail s’attache à analyser le féminisme d’Etat au Sénégal sous l’ère de Senghor et de Diouf .

Nos questions s’intéressent à la place de la femme dans l’idéologie dominante et sa traduction politique et programmatique, l’impact des politiques étatiques de promotion des femmes ; mais également leurs ambiguïtés et leurs desseins " pouvoiristes".

« La nation et ses femmes » sous l’ère Senghorienne ou la place de la femme sénégalaise dans la construction du socialisme africain

Le Sénégal accède à l’indépendance en 1960 avec à sa tête Léopold Sédar SENGHOR.

Les femmes restent actives dans la vie politique. Elles occupent une place centrale dans le dispositif idéologique du président SENGHOR fortement alimenté par la mystique du développement et de la construction nationale. Les premières structures servant d’outils d’inclusion des femmes dans le processus de développement, à savoir les centres d’animation de base ,seront mises en place dés 1959. Le président SENGHOR avait comme prétentions politiques et sociales de créer et de définir une femme sénégalaise de type nouveau conforme à l’idéal du socialisme africain.

Devenu Parti Etat et Parti unique de fait dans un contexte de stabilité politique cependant émaillé de quelques troubles , le Parti socialiste qui se définit à la fois comme un parti de masse et d’élites se propose de relire Marx et ENGELS à la lumière des réalités africaines et sénégalaises. Inspirées des idées marxistes , la libération et la désaliénation de la femme deviennent des credo du discours officiel Senghorien .

Le rôle spécifique joué par les femmes sénégalaises dans les bagarres politiques animées par les différentes organisations partisanes avant l’indépendance a été déterminant dans la manière dont le nouveau pouvoir a inscrit cette question dans son agenda politique .

En effet dès l’accession à l’indépendance , la question de la promotion et de la participation des femmes est posée par le président Senghor comme condition nécessaire à la construction du développement . Les femmes occupent une place importante dans le dispositif idéologique du président Senghor qui veut les placer sur la voie de la modernité .

Des institutions tels que les centres d’animation rurales et les centres d’expansion rurale sont mis en place en milieu rural en particulier, pour servir d’instruments de mise en œuvre de l’idéologie du parti comme l’affirme le président SENGHOR.

«(…..) c’est ainsi que nos centres sont, en définitive les instruments les plus originaux et en même temps, les plus efficaces de la voie sénégalaise du socialisme… »

Cependant, Il est important de dire que les différentes structures de développement crées dés l’accession à l’indépendance illustraient le choix idéologique et politique du duo gagnant Senghor Mamadou Dia jusqu’à la crise de 1962 qui a vu la séparation définitive du président et de son chef de gouvernement ; Mamadou Dia soutient encore aujourd’hui que l’accusation de coup d’Etat dont il a été victime n’était qu’une machination de Senghor et de la bourgeoisie nationale apeurés par ses méthodes de gestion communautaires jugées trop radicales .

Mamadou Dia nous apprend dans sa biographie qu’il était le principal instigateur des différents centres dont Senghor se fera le chantre dans le cadre de l’exécution de son programme politique .

En effet, avec l’aide du père Lebret, grand théoricien du développement , Mamadou Dia va procéder à l’élaboration "d’un plan de développement comme outil du projet d’une économie de participation collective" pour donner un fondement économique à la liberté politique. Ainsi, pour donner une emprise réelle à la politique de développement il est décidé de disposer "d’un outil puissant d’éducation populaire centrée sur le développement avec création de nouvelles structures de base" inspiré par l ‘expérience du Maroc de "l’animation rurale"

Mis à l’écart de la vie politique et emprisonné à Kédougou, Mamadou Dia ne participera pas à la mise en œuvre de la politique de développement qu’il avait contribuer à élaborer.

Le président Senghor va consolider et élargir la politique d’animation rurale ; de manière spécifique, l’animation féminine va constituer la base de la politique de promotion de la femme que Senghor va mener pendant les 20 années que va durer son action à la tête de l’Etat. Les militantes du parti en entente avec les structures techniques de l’Etat seront chargées de mettre en œuvre les projets en direction des femmes en servant de relais de l’idéologie du père de la nation.

Les autorités nationales dans le cadre de l’animation féminine appellent les femmes à " être au même titre que les hommes , les ouvrières conscientes et zélées du Sénégal en marche" ; ce qui nécessite d’abord de les "initier aux nouvelles réalités sénégalaises et faire découvrir la place qu’elles y occupent par des causeries sur la géographie, l’histoire nationale et régionale, sur les institutions politiques et administratives, sur les grandes orientations de la politique du pays, sur les objectifs du Plan .

L’idéologie officielle fait appel aux théories progressistes du marxisme léninisme pour fonder la politique d’émancipation d la femme sénégalaise. ON trouve ainsi dans les discours officiels des slogans tels que :

" Chaque cuisinière doit apprendre à gouverner l’Etat",

" il est impossible d ‘assurer la vraie liberté, il est impossible

de bâtir même la démocratie et encore moins le socialisme, sans la

participation des femmes aux fonctions publiques, à la vie politique, sans les

arracher à l’ambiance abrutissante du ménage et de la cuisine"

De larges franges de la jeunesse et des femmes se mobilisent autour de la mystique du développement . Ainsi, les jeunes filles du parti participent à des actions d’utilité publique, (construction d’une bretelle reliant la plage de pêche au village de pointe Saréne, de salles de classe ), à des conférences africaines et internationales (1962 : congrès du Mouvement Panafricain de la jeunesse à Conakry, 1ère conférence Panafricaine des Femmes à Dar es Salam , 8ème festival mondial de la jeunesse et des Etudiants pour la paix et l’Amitié à Helsinki , 6ème assemblée générale de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique à Varsovie, séminaire des jeunes des cadres à Haïfa en Israël). Ceci fera dire à la présidente des jeunesses féminines  de l’UPS :

"Cette présence de la jeunesse féminine à l’échelle internationale a été , non seulement bénéfique pour nous , mais elle aura contribué de façon très significative à la maturité des responsables de l’encadrement national de la jeunesse Féminine ; ce sont sans doute ces raisons là qui ont amené le bureau national du MJUPS à convoquer la 1ère conférence des jeunes militantes les 21 et 22 Septembre 1963, conférence qui a débouché sur la création du "Conseil National de la jeunesse Féminine de l’UPS"

La présidente déclarera devant le président Senghor venu présider la conférence constitutive du conseil national de la jeunesse féminine  de l’UPS : 

" nous sommes réunies pour être une volonté, nous sommes ici pour être une décision : volonté de contribuer au développement de notre jeune nation, décision de traduire cette volonté par les faits ".

Le bureau national du tout nouveau conseil national des jeunesses féminines UPS, définit un programme d’activités à caractère social avec l’organisation de cours d’alphabétisation, de coupe, de couture d’hygiène et de puériculture. Elles vont contribuer à la création du premier centre social de la jeunesse féminine à colobane pour venir en aide aux jeunes militantes. La carte du parti datant d’au moins 6 mois était le sésame pour bénéficier des prestations ;

" Cette initiative a été vivement saluée par les parents des militantes qui

trouvaient là un débouché pour leurs enfants. Le MJUPS a par ce

système enregistré beaucoup d’adhésions.

En 1964 , le président Senghor demande à ce que les femmes du parti s’organisent au sein d’une structure d’action ; ainsi est créé le conseil national de la femme le 13 juin non sans avoir dissous auparavant le conseil national des jeunesses Féminines UPS.

Lors de la 2ème conférence nationale des femmes UPS, le président Senghor rappelle à nouveau le rôle que les femmes doivent jouer dans le développement.

" la réalisation des objectifs de notre plan de développement ; les observations fort pertinentes que vous avez formulées sur le code de la famille et la campagne d’information que vous avez entreprise pour en expliquer les dispositions sont autant de preuves de la conscience que vous avez prise de votre rôle de femmes , de votre devoir d’aider vos sœurs à rattraper leur retard dans divers secteurs de la vie nationale. (…) Parce qu’il est temps que la femme , gardienne du foyer et des traditions, soit non seulement l’animatrice principale de la cellule familiale, mais aussi la citoyenne qui apportera son concours constant à l’Etat, en lui proposant des solutions efficaces dans les secteurs de l’économie domestique , de l’enseignement ménager, de la santé et de la nutrition . En outre, le rôle de votre mouvement qui est un mouvement politique sera d’informer et de former vos concitoyennes en leur inculquant le sens national et les vertus civiques. Par des séminaires , des colloques et meetings, vous serez ainsi appelées, avec l’aide des instances du parti auxquelles vous appartenez à des degrés divers , à poursuivre le vaste courant de réflexion et de transformation des mentalités, que notre Parti a crée dans ce pays "

 

Le parti socialiste met ainsi au service de la femme sénégalaise "un plan d’action réaliste qui dans le cadre de la plate forme électorale constituera le contrat entre le P.S. et la femme sénégalaise"

Les Foyers Féminins implantés sur toute l’étendue du territoire permettent aux femmes d’accéder "à l’éducation civique familiale, sanitaire, en somme, aux attributs nécessaires à la formation et au perfectionnement de leurs qualités d’épouse, de mère , de productrice, de citoyenne."

Le mouvement national des femmes à travers les structures établies aux fins du développement "intégré et communautaire" fonctionne comme une machine efficace de recrutement de nouvelles militantes et d’occupation du terrain politique.

Globalement il semble que l’animation féminine constituait un programme d’action du pouvoir en place pour recruter le maximum de femmes dans les structures de base du parti , le bénéfice des activités (couture, éducation sanitaire , garderie d’enfants, acquisition de moyens de travail plus modernes, ) étant une contrepartie importante . Les militantes du parti sont les responsables des centres crées aussi bien en milieu rural que urbain ; la confusion entre l’Etat et le Parti était tel que les différentes structures techniques crées au niveau central et décentralisé constituaient des instruments de propagande de la doctrine officielle .

L’action de l’animation féminine rurale sera étendue aux zones urbaines qui verront des milliers de femmes impliquées dans leurs activités.

L’Inauguration du centre pédagogique d’enseignement Technique Féminin sera l’occasion pour le président de dévoiler un autre aspect de sa vision et de ses projets pour la femme sénégalaise .

" de quoi s’agit il ? Il s’agit de former des maîtresses d’enseignement ménager . Elles auront pour profession , je dis pour mission, d’enseigner l’art ménager ; de former des épouses et des mères. En d’autres termes, de rendre à notre planification son sens et son efficacité. La production est faîte pour l’homme , qui n’est vraiment homme que rendu à sa vocation , qui est de vivre à son foyer, dans sa famille . Il s’agit d’apprendre , à le femme sénégalaise, l’emploi rationnel et , partant, efficace de l’argent gagné des produits achetés par le ménage ; De lui apprendre, encore une fois rationnellement, les humbles travaux qui sont la base de toute civilisation digne de ce nom ; aménager un logement suivant la fonction de chaque pièce, préparer le budget mensuel, faire le marché quotidien, nettoyer la maison et faire la cuisine, laver et repasser , tailler et coudre et ravauder. Que de gaspillages dans les foyers sénégalais ; que d’aliments jetés à la poubelles, qu’on pourrait faire réchauffer , que de vêtements perdus parce que non raccommodés ! Que de nez qui coulent , que de mains sales chez les enfants. Si l’on répandait, dans nos campagnes, l’usage du savon et du mouchoir, si l’on apprenait, à nos paysans, à construire des lieux d’aisance , on diminuerait la mortalité de moitié. Et cela ne coûterait presque rien à l’état. On s’étonne de l’instabilité de nos foyers, de la fréquence des divorces dans notre pays. Rien d’étonnant si le mari ne trouve pas, chez lui, l’ordre et la propreté de son bureau . Si la femme est plus préoccupée de ses boubous et de ses bijoux que de ses enfants, si elle ne sait pas coudre un bouton ou cirer des chaussures ? Si la poupée n’ouvre la bouche que pour réclamer de l’argent. Comme vous le voyez, l’art ménager est le meilleur soutien du foyer, l’auxiliaire indispensable de la planification. C’est pourquoi, le gouvernement du Sénégal dont la seule politique est le développement, entend introduire l’enseignement ménager partout, pour en faire la base de l’éducation de nos jeunes filles : dans les centres d’apprentissage féminins, dans les cours complémentaires, dans les lycées et collèges."

L’ambiguïté et les multiples facettes du discours Senghorien ne peuvent manquer d’être soulevés ; tantôt muse, tantôt "saveur de la nation" , la femme sénégalaise n’en demeure pas moins cet être social mineur , inculte , dépensière , et dont l’éducation est gage de l’équilibre des hommes et des foyers .

C’est à cette femme qu’il faut apprendre la rationalité et la rigueur dans la gestion.

Bonne Mère, productrice performante, épouse dévouée pour le bien de la collectivité et de la nation , le projet que le socialisme senghorien tisse pour la femme sénégalaise semble inscrire sa réalisation dans la longue durée.

A l’évidence , le chemin qui devait les mener vers l’émancipation était long. Senghor considérera l’inclusion des femmes dans les sphères du pouvoir républicain avec parcimonie . Certes en 1963,  Caroline Diop est nommée députée à l’assemblée nationale. Mais en 20 ans de pouvoir le président Senghor ouvre le gouvernement à deux femmes de son parti .Les propos de Mamadou Dia à propos de la nomination de Caroline Diop à la tête du Développement social , la mettent sur le compte de la compassion et non de la volonté réelle de promotion de la femme . Globalement, Mamadou Dia estime que l’UPS n’a pas été très progressistes dans ses orientations vis à vis des femmes ; en effet il affirme que :

« A la constitution de l’UPS, il est fait une large place au mouvement des jeunes du parti en les appelant à des responsabilités importantes dans toutes les instances y compris dans le gouvernement (…) Par contre , vis à vis des femmes , je dois faire mon autocritique en tant que secrétaire général, car le parti n’a jamais accordé aux femmes la place qu’elles méritaient. En dehors de Rose Basse une des chevilles ouvrières de la phase finale de la fusion avec l’ex SFIO , elles ont été marginalisées et pourtant ce ne sont ni les compétences, ni le dévouement qui leur manquaient (…) sauf Caroline Faye, qui, elle, aura la chance d’être ministre de Senghor (mais surtout pour la consoler de l’assassinat de son mari Demba Diop (…) Je crois que c’était là une lacune très grave et même une faute de la part d’un parti progressiste comme l’UPS , qui, dans ses discours, prônait la promotion de la femme."

Le féminisme d’Etat sous Senghor aura permis de mettre en place les institutions clé suivantes et d’enregistrer des événements majeurs :

Création du premier centre d’animation de base dans la région de Saint Louis à

Thilogne et mise en place d’un cadre politique pour l’amélioration des

conditions de vie et de travail des femmes

familiale et rurale

Dakar

représentées au sein des commissions des Nations Unies chargées de

l’élaboration des documents relatifs à l’année Internationale de la

femme et de la décennie des Nations Unies pour la femme.

- création de la FAFS (Fédération des associations féminines du Sénégal)

- Création du secrétariat à la condition féminine

  • Femmes Ministres sous Senghor en 20 ans de pouvoir : 2

1978 : Décret n° 78-239 du 13 mars 1978

- Caroline Diop (enseignante)

- Maîmouna Kane (juriste)

La présidente du mouvement national des femmes du Parti socialiste est nommée ministre de l’Action Sociale. Cette nomination témoigne s’il en est encore besoin de la volonté du président Senghor de donner un contenu concret à ses positions idéologiques, établissant une correspondance entre l’appareil d’Etat, celui du parti et les politiques de promotion des femmes et, de l’avis de Mme Caroline DIOP, en charge de ce département ministériel du fait que " un fauteuil ministériel, plus qu’un prestige, est pour la femme sénégalaise un mérite ; c’est le fruit de la lutte opiniâtre des femmes , entreprise au sein des organisations politico-sociales féminines, instruments importants de la promotion sociale"

Dans le cadre de l’application de la politique de promotion des femmes, l’octroi d’avantages sociaux et politiques aux femmes, fonctionne dans une certaine mesure sur le mode de la récompense ; récompense des efforts politiques pour le rayonnement et la consolidation du pouvoir en place. C’est ainsi qu’en 1963, l’Assemblée nationale accueille la première femme Député en la personne de Caroline Diop , responsable des femmes du parti . En 1978, le ministère de l’action sociale est confié à celle-ci en même temps qu’il est créé un secrétariat d’Etat à la condition humaine attribué à une femme juriste, Maïmouna Kane.

Le décret N° 78-239 du 13 Mars 1978 portant nomination des ministres et secrétaires d’Etat dispose :

Ainsi , elles intègrent les hautes sphères de l’appareil d’Etat et constituent les symboles du processus de modernisation de la femme sénégalaise, enclenché dans le cadre du projet politique de Senghor. Les femmes entrent au gouvernement 19 ans après que Rose Basse l’ait réclamé lors du 1er congrès national de l’UPS en 1959.

Ces événements importants dans la trajectoire politique des femmes, ne constituent pas pour autant des bouleversements dans la démarche du Parti Etat fortement caractérisé par la logique clientéliste . Il continue d’ exercer une fonction de contrôle et "d’instrumentalisation" sur les femmes, qui ne laissera pas beaucoup de latitude à ces dernières pour mener de véritables actions revendicatives. Le rôle paternaliste du Parti Etat envers les femmes sert en premier lieu les desseins politiques et économiques des dirigeants.

Les stratégies de construction hégémonique du Parti Etat se sont appuyées sur les politiques de promotion des femmes pour les fidéliser ou les capturer afin de s’assurer une masse électorale confortable.

Le Féminisme d’Etat sous la présidence de Abdou Diou

Le président SENGHOR quitte le pouvoir en 1980 et cède sa place au premier ministre Abdou DIOUF, conformément à l’article 35 de la constitution, pour terminer les deux années restant de son mandat. En 1983 ce dernier est tout de même légitimé par des élections présidentielles contestées. L’entreprise de " désenghorisation", s’accompagne de la mise en chantier d’une rénovation idéologique qui s’affiche sous le vocable de " sursaut national" en opposition à la négritude. Par ailleurs, évoluant dans un contexte international encore plus favorable à la promotion des femmes , le président Abdou DIOUF sera défini par les femmes de son parti comme l’homme qui milite sans réserves pour les femmes ; il est consacré " Gooru Mbotay". Il faut noter ici l’ambiguïté du terme qui peut certes signifier la disponibilité au service des femmes mais également le contrôle qu’exerce le "Gooru mbottay".

La proximité du président Abdou Diouf avec les femmes du parti semble trancher avec la vision et les positions parfois moralisantes et rigoristes de son prédécesseur qui affirmait vouloir modeler " l’homo Sénégalensis"  et partant une nouvelle femme sénégalaise ; SENGHOR demandait aux femmes " d‘équilibrer les budgets familiaux pour contribuer à l’équilibre du budget national" ; "de ne pas acheter trop de bijoux ".

D’emblée, Abdou DIOUF donne des gages de son engagement politique envers les femmes, faisant passer le nombre de places pour les députées de 4 à 12 même si par ailleurs, il sert ses objectifs d’élargissement et de renouvellement du personnel politique.

L’Etat est le principal artisan de la promotion des femmes malgré les tentatives d’organisations de femmes clamant leur autonomie et les poussées revendicatives radicales des mouvements féministes de gauche apparus en 1984. Le débat sur le féminisme sénégalais sera fortement posé par "Yewwu Yewwi". Les critiques adressées par ce mouvement féministe concernent la situation sociale , économique et politique des femmes ; la critique contre la polygamie qui a le plus cristallisé les tensions chez les forces islamiques et dans l’opinion publique fera dire à l’historien Abdoulaye Ly en parlant de la lutte féministe des femmes leaders de ce mouvement :

"qu’elles le font(….) dans la lancée de du féminisme à l’ère néocoloniale,

de la façon la plus abrupte : en jetant la polygamie au beau milieu de la

liste des ‘maux que vivent les femmes quotidiennement’, sans la moindre

critique de l’autre forme d’union matrimoniale , la monogamie, en contre partie.

L’historien Abdoulaye Ly les mettra en garde contre les risques de "manipulation du pouvoir de leur discours pour les compromettre définitivement aux yeux d’une opinion publique peu préparée à écouter leur discours"

Le silence du mouvement qui a suivi une période de vigueur revendicative semble avoir donné raison à Abdoulaye Ly.

Ce mouvement n’empêchera pas l’Etat Parti de poursuivre son agenda pour la promotion des femmes en les organisant davantage à travers la mise en place de la fédération nationale des groupements de promotion féminine lors du congrès constitutif tenu du 20 au 22 octobre 1987, sous la présidence du chef de l’Etat en présence de tous les membres du gouvernement et du corps diplomatique.

Le président Abdou Diouf marque toute la mesure de l’attachement de l’Etat et du parti dont l’idéologie du moment est convoquée, à cette nouvelle structure :

"(….) votre fédération , œuvre d’un travail à la base longuement et patiemment mené, devra être un partenaire crédible des pouvoirs publics et des organismes de coopération (…) Le sursaut national auquel je convie, chaque jour mes compatriotes, trouve dans la naissance de la fédération nationale des groupements de promotion féminine, traduction concrète et exemplaire"

La présidente de la fédération régionale de Dakar a conclu son discours en renouvelant le soutien et la disponibilité des 3300 congressistes au président de la république.

Cette réunion sera l’occasion pour le président Abdou Diouf de rappeler le rôle des bailleurs de fonds et partenaires techniques dans les politiques officielles de promotion de la femme .

L’action des institutions internationales aura été déterminante dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de promotion des femmes car , elles ont apporté leurs concours financier. La création du centre national de formation des monitrices rurales a été possible grâce à l’ appui du Bureau International du travail, BIT.

L’appui des partenaires comme l’UNICEF,le PNUD , le FENU a été déterminant dans la survenue des groupements de promotion féminine et de la constitution de la fédération des groupements de promotion féminine ( acquisition d’ équipements d’allègement des travaux féminins, sources de revenus et de gains de temps , mécanismes de type coopératif, insertion des femmes dans les circuits productifs ect).

L’Etat continue de contrôler la quasi totalité des associations et regroupements de femmes les plus significatifs sur le territoire national même si, à la faveur du contexte d’ouverture démocratique des années 1990, les organisations de la société civile qui défendent la promotion et le respect des droits de l’homme vont servir de véhicules aux femmes pour s’engouffrer dans le mouvement de revendications politiques et citoyennes et poser clairement le problème de l’inégalité des sexes ou précisément de l’équité de genre comme base de toute politique de promotion des femmes. Dans ce contexte, il apparaît que l’étau étatique sur les mouvements de femmes est amené à se desserrer ; en outre le contrôle par l’Etat des mouvements de femmes devient plus difficile.

Le congrès de la rénovation et de l’ouverture de 1989 augurait des changements du contexte social auquel le parti Etat devait nécessairement s’adapter.

L’option du socialisme et de la démocratie fortement réaffirmée, il s’agit de " rénover et ouvrir le parti pour élargir sa base et rassembler en son sein des militants de type nouveau"

Le secrétaire général y parle clairement de marche d’approche à développer envers ce nouvel espace d’action des citoyens à savoir la société civile à la conquête de

laquelle il faut que le parti aille pour élargir sa base.

Conscient des mutations sociales qui se jouent des logiques et des pratiques politiques traditionnelles, le président Abdou Diouf semble s’inscrire dans une volonté d’œuvrer à une réelle inclusion des femmes dans les sphères de décision .

Ses principales réalisations pour les femmes, dans un contexte encore plus sensible à la promotion et au respect de leurs droits , sont les suivantes :

1981 : Décret N° 81-804 du 7 Août 1981 portant remaniement ministériel

Maîmouna Kane Secrétaire d’Etat auprès du premier ministre chargé de la promotion humaine

Caroline Diop ministre délégué auprès du premier ministre ( sans portefeuille)

1983 : Décret n° 83-402 du 3 avril 1983 portant nomination des ministres et secrétaires d’Etat

- Maîmouna Kane ministre du développement social

- Mme Marie Sarr Mbodj secrétaire d’Eta auprès du Ministre de l’Education nationale chargé de l’enseignement technique et de la formation professionnelle

Caroline n’est plus membre du gouvernement. Auparavant au mois de janvier elle avait été remplacée à la tête du mouvement des femmes socialistes qu’elle dirigeait depuis 1964 ; elle sera emportée dans le cadre de l’entreprise de desenghorisation amorcée par les tenants du nouveau pouvoir de Diouf pour neutraliser les barons du parti.

1984 : Décret n° 84-1151 du 9 octobre 1984 portant nomination des ministres et secrétaires d’Etat

- Maîmouna Kane ministre du développement social

- Mme Marie Sarr Mbodj de la Santé Publique

- Mme Fambaye Fall Diop. Ministre délégué chargé des émigrés (enseignante)

1986 : Décret n° 86-01 du 2 janvier 1986 portant remaniement ministériel 

- Mantoulaye Guene, Ministre du développement social (enseignante)

- Mme Marie Sarr Mbodj de la Santé Publique

- Mme Fambaye Fall Diop. Ministre délégué chargé des émigrés

1988 : Décret n° 88-561 du 5 Avril 1988 portant nomination des ministres

1990 : Décret n°90-332 du 27 mars 1990 portant nomination des ministres

1991 : Décret n°91-423 du 7 Avril 1991 portant nomination des ministres

1993 : Décret n°93-296 du 3 Avril 1993 portant nomination des ministres

1993 : Décret n°93-720 du 2 Juinl 1993 portant nomination des ministres

1995 : Décret n°95-296 du 3 Avril 1993 portant nomination des ministres

1998 : Décret n°98-603 du 4 Juillet 1998 portant nomination des ministres

Dans le cadre de l’élargissement de la démocratie et de la mouvance présidentielle, le PDS , parti d’opposition, fait son entrée au gouvernement en 1991.

Des changements vont également intervenir au sein du parti ; En effet, le 10 juillet 1994, lors du conseil national du parti socialiste, le secrétaire général du Parti socialiste introduit des réformes structurelles au sein du parti dont la plus importante pour notre propos est la décision d’octroyer aux femmes leur pleine autonomie de représentation au bureau politique .

« ( .....) Nous devons tous considérer ces propositions de réformes structurelles comme des nécessités pour faire avancer notre grande organisation de masse et lui donner toutes les chances de pouvoir encore diriger le Sénégal durant les prochaines décennies. C’est pourquoi, le PS dans toutes ses composantes doit savoir anticiper l’avenir. Sur ce plan, je commencerai par les femmes du parti socialiste. Ces amazones de choc, mieux, ces ‘Lingeers’ des temps modernes. Je ne répéterai jamais assez que c’est grâce à elle que nous avons pris le dessus sur nos adversaires. Leur fidélité , leur militantisme, leur adhésion inébranlable au PS ne nous ont jamais fait défaut. Et ,il est donc naturel qu’à chaque fois que les circonstances le permettent, le parti tout entier leur marque sa reconnaissance .

Aujourd’hui donc, camarades congressistes, je pense que le moment est venu de donner au mouvement national des femmes socialistes, son autonomie de fonctionnement et d’activités, en confiant à une femme le poste de secrétaire national du bureau politique chargé de la femme. Ce ne serait que justice puisque le quota de 25% des postes réservé aux femmes n’est toujours pas respecté .  Nos efforts doivent tendre vers cet objectif. J’y veillerai personnellement. Parallèlement à cette proposition, il est envisagé de créer au sein du comité central, une commission centrale d’études et de réflexion sur les problèmes des femmes, structure qui serait animée essentiellement par des militants du parti. Les femmes du parti socialiste devraient pouvoir s’investir dans cette commission et apporter une importante contribution au Parti sur les problèmes de la femme sénégalaise en général et des militants socialistes en particulier.

 

Abdou Diouf a inauguré l’ère des femmes ministres à des postes traditionnellement réservés aux hommes. Il a donné des gages de son engagement à accélérer le processus de promotion des droits de la femme, conscient que les données politiques et sociales sont désormais dans un processus de changement.

Malgré , toutes les actions faîtes en direction des femmes, Abdou DIOUF est défait lors des élections présidentielles de Février-Mars 2000 même avec les garanties de « le réélire dés le premier tour avec panache », que les femmes de son parti lui ont données à l’issue d’une marche qui s’était terminée sur le parvis du palais de la république, avec le dépôt de leur manifeste du 21ème siècle . Ce manifeste est un cahier de doléances pour accélérer davantage le processus de promotion politique sociale et économique des femmes avec des actions et des mesures précises à prendre; le président Abdou DIOUF endosse le manifeste et renouvelle sa confiance aux femmes quant à leurs capacités de peser sur l’issue des votes comme c’est le cas depuis 1948 , date de création du parti. L’odyssée des femmes socialistes a subi un coup d’arrêt à l’image du parti, qui aujourd’hui a du mal à se relever de la défaite des élections présidentielles de l’année 2000.

Conclusion : Inventer la Femme Sénégalaise Modèle : heurts et malheurs

Le président Senghor a t’il réussi à créer la femme sénégalaise modèle qui tient bien son intérieur, équilibre le budget familial et participe à la construction de la nation ?

Sérére catholique minoritaire dans une société à 95% musulmane, a t’il réussi à convertir les mentalités dans l’enracinement à la négritude et l’ouverture à l’universel, construire le sénégalais nouveau , partant une nouvelle femme sénégalaise prête à jouer pleinement son rôle d’agent du développement et de pilier du foyer d’autant plus que les sénégalaises, plus particulièrement d’ethnie wolof ont " beaucoup de vivacité , de liberté et d’aisance ? Les tentatives de modélisation peuvent paraître illusoires au regard de la prégnance et du caractère déterminant des réalités sociales , culturelles et religieuses qui caractérisent la société sénégalaise face à des idéologies qui ont pu apparaître comme un instrument politique au service d’intérêts précis. La politique clientéliste et patrimonialiste du président Senghor a contribué à faire apparaître la politique comme un jeu d’alliances et de mésalliances stratégiques , de soutien mercenaire entre acteurs sociaux , fondé sur un rapport d’intérêts réciproques. C’est pourquoi, l’engagement politique des femmes était non seulement producteur de gains institutionnels et juridiques, mais également de ristournes de toute nature (emploi, bourses pour les enfants, facilité à régler des problèmes administratifs, ect ). La mystique du développement n’a pas ébloui le sénégalais pas plus que l’idéologie du sursaut national n’a réussi à l’inscrire résolument sur la voie du progrès. Le parti socialiste a certes ouvert le chemin de la modernité pour les hommes et les femmes sénégalais mais les tares qu’il a contribué à développer au sein de la société, conjuguées à un contexte international difficile semblent perpétuellement remettre en question l’avènement du développement.

Ainsi les concepts, théories et idéologies vivent et meurent sans véritable prégnance sur la société même si par ailleurs les leaders et les acteurs sociaux savent les utiliser et les convertir en ressources propres.

Il est à ce propos intéressant de voir comment l’Etat démocratique et moderne convertit en ressources politiques et ce pour ses propres besoins, les différents concepts du nord de promotion de la femme ( concepts d’intégration des femmes au développement ou de femmes et développement, concept de genre), même si par ailleurs leur application a permis incontestablement une prise de conscience féminine.

Bibliographie

 

1) Wesley Johnson, Naissance du Sénégal contemporain. Paris, Karthala, 1991

2) Jean Bernard Lacroix et Saliou MBaye, Le vote des femmes au Sénégal, 1944-

1945. Dakar, Archives Nationales du Sénégal, 1982,

3) Lamine guèye, Itinéraire Africain , Présence africaine, 1966.

4) Entretien avec Amady Aly Dieng, Dakar le 18 Juillet 2002.

5) Patrice DIOUF « Le congrès de l’UPS à Dakar 20- 21 et 22 Février 1959 »,

(reportage), Semaine en Afrique occidentale, 28 Février 1959.

6) Abdoulaye Ly, Les regroupements politiques au Sénégal 1956-1970. Dakar,

CODESRIA, 1992.

7) Mamadou Gueye, Memento des élites du Part Socialiste Dakar, Niamagne

Editions, 1992.

  1. "The Nation and it’s women", in The Nations and it’s Fragments, Princeton

University Press, 1993

  1. L. Sédar Senghor, Pour une relecture africaine de Marx et Engels . Dakar

Nea,1976, .

10 ) L’animation féminine au Sénégal, Document de la Direction de l’animation

( Secrétariat d’Etat au plan et au Développement, Présidence de la

République), Avril 1963, Archives nationales.

11) Citation de Lénine , Rapport de la 3ème conférence nationale des femmes UPS,

11 Novembre 1976

12 ) Awa Dia Thiam, "Intervention de la camarade Awa Dia Thiam, Première

présidente nationale de la jeunesse féminine du Sénégal", 50ème anniversaire du

parti socialiste , 29 octobre 1998 

13)Léopold Sédar Senghor, Allocution d’ouverture prononcée lors de la 2ème

conférence nationale des femmes UPS , Dakar les 28 et 29 décembre 1970.

Archives Maison du Parti socialiste

14)Obéye Diop , communication présentée lors du cycle de conférences des

vacances 1976-1977 sur le thème " socialisme et démocratie : l’expérience

sénégalaise", Archives du parti socialiste, Dakar le12 Novembre 1976.

15)"Le rôle de la femme dans l’édification d’une société socialiste", 3ème conférence nationale du mouvement des femmes UPS. 11 Novembre 1976, Archives Parti socialiste.

16)Allocution du président Senghor à l’ouverture du centre pédagogique d’ enseignement féminin, 6 décembre 1963  Archives du parti socialiste

17 ) Allocution d’ouverture du président Senghor au conseil national des femmes de

l’UPS, 11 Décembre 1972, Archives du parti socialiste

18) Mamadou Dia, " Afrique , le prix de la liberté", ’harmattan 2001

19) Interview de Mme Caroline, DIOP, Sénégal d’Aujourd’hui, Février 1979

 

20) répertoire permanent du Gouvernement du Sénégal 1957-1980, Présidence de

la république , secrétariat général, Direction des archives du Sénégal , Centre

de Documentation, Dakar , Octobre 1985

 21) M. Diop et M. Diouf, Le Sénégal sous Abdou Diouf. Paris, Karthala, 1990

22) Abdoulaye Ly, "Réflexions d’un vieux militant sur la question des relations de

sexe à sexe, Deuxième édition, 1994,

23) Allocution d’ouverture du président Abdou Diouf lors du congrès constitutif de la

fédération des groupements de promotion féminine , Dakar le 20 Octobre

1987 ,

24) Note d’information sur le congrès constitutif de la fédération des groupements de

promotion féminine du Sénégal , Secrétariat du conseil des ministres

(Présidence de la république ), Dakar le 2 Mai 1988 .

 

25) mars 1989, Archives Parti socialistes.

26) Manifeste des femmes socialistes pour le 21ème Siècle, Dakar, Mouvement des

femmes socialistes, 1999

 

27) Conseil National du Parti socialiste, Dakar le 10 Juillet 1994.

Discours de Mr le président Abdou DIOUF, Secrétaire général du parti.