Incidence du régime foncier sur l’utilisation durable des terres agricoles: une analyse de deux cas contrastés provenant du Sud Bénin.
Dr. Maximin K. Z. KODJO
Socio-Economiste, Enseignant et Chercheur, IREDA-Bénin, 04-BP-1450 Cadjehoun
Cotonou (Benin)
Tel/Fax: (229) 385447
Portable: 084514
maxkodjo@hotmail.comAbstract
Introduction
Le Bénin (Ouest Afrique), à l'instar de nombreux pays africain, est un pays à dominance agricole. Ce secteur regorge de petits producteurs avec des exploitations dont la taille est inférieure à 2 ha. Les disponibilités foncières sont très contrastées entre le Nord et le Sud. Au Sud, la densité de population est très élevée et la pression foncière sur les terres est très forte. Ce contexte est normalement favorable à une intensification agricole selon la thèse de Boserup. Malheureusement, on assiste plutôt ces dernières années à une dégradation continue des terres, et une cause souvent mentionnée, de cette dégradation est le rythme de croissance à (3%) très élevé de la population. A cela, il faut ajouter une autre cause, non moins importante et moins citée, que constitue le système foncier. Ainsi, dans cet article, les modes fonciers d’accès aux terres agricoles prévalant dans deux villages du Sud Bénin sont comparés et analysés. Les résultats d’analyses mettent en exergue l’impact négatif que le système foncier peut avoir sur l’utilisation durable des terres.
Bases empiriques
Les deux cas analysés proviennent de deux villages localisés dans un même département du Sud Bénin. Le premier se trouve dans une zone de densité inférieure comparativement au second village, dont la densité de population est relativement supérieure. Dans les deux cas, elle se situe au-dessus de 150 habitants au km2. Des données quantitatives et qualitatives ont été collectées, durant l'année 1998, sur les modes fonciers locaux et l’utilisation durable des terres. La taille de l’échantillon est de 55 ménages agricoles répartis sur les deux villages.
Résultats
La disponibilité de terres est très faible dans les deux cas (0,85 ha par actif agricole dans le second village contre 0,30 dans le premier). Les modes d'accès observés sont : les modes directs – l'héritage (droit limité aux hommes) et l'achat – ainsi que les modes indirects – la location, l'emprunt gracieux, et le métayage.
Dans le premier village constitué d’un groupe socio-ethnique identique, l’accès à la terre s’opère principalement par les modes directs et la location. Les parcelles cultivées sont surtout des terres en location. C’est un système de fermage dont la redevance est payée directement à l’avance en numéraire pour une période pré-déterminée (2-4 ans). On trouve aussi une variante de ce mode semblable à un bail d’exploitation sur une période de 10-14 ans.
Dans le second village, on note la présence d'une proportion importante de population allochtone. L'achat de terres est interdit et le métayage est dominant. Ce dernier est un système de dépendance du locataire vis-à-vis du propriétaire qui oblige le premier à transférer une proportion (de 33% à 50%) de la récolte annuelle au dernier. Seuls les paysans relativement aisés peuvent louer directement des parcelles de culture.
Ainsi, la pratique foncière dominante dans le second village n’est pas favorable à une utilisation durable des terres et justifie (en partie) la dégradation accentuée des parcelles de culture dans ce village. A l’opposé, dans le premier village, la dégradation des sols est relativement moindre. Ces situations contrastées montrent éloquemment, l’incidence négative des règles institutionnelles foncières sur la gestion durable des terres agricoles.