Migrations forcées et développement : la contribution des réfugiés nigérians à Douala
10eme Assemblée Générale du CODESRIA
du 8 au 12 décembre 2002
Kampala/OugandaBlaise-Jacques NKENE
GRAPS-Université de Yaoundé II
nkene@yahoo.com
Abstract
Un des phénomènes les plus remarquables de la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne pour ces 20 dernières années est la faible réponse des secteurs formels aux stimulants macro-économiques offerts par les différents programmes d'ajustement structurels.
L'observation de la réalité économique de la plupart de ces pays montre d'ailleurs de manière paradoxale que ce sont plutôt les acteurs du secteur non structuré qui ont pour l'essentiel essayé d'apporter des réponses concrètes à ces stimuli. Ce nouveau règne de l'informalité dans le paysage socio-économique des pays africains n'est pourtant pas uniquement le fait des agents économiques nationaux. Dans certains cas de figures, il semble même faire entrevoir leur absence, aux profits d'agents économiques étrangers. La présente étude se propose d'effectuer une visite dans ces espaces sociaux et économiques investis et reconstruits par les nouvelles figures d'entrepreneurs économiques réfugiés en Afrique subsaharienne. Il s'agit précisément de la contribution économique de l'important flux de réfugiés nigérians qui s'est déversé dans la ville de Douala (Cameroun) après la guerre du Biafra dans les années 70. Incontestablement la population étrangère la plus importante en nombre dans cette ville, ils y déploient depuis de nombreuses années une importante activité commerciale qui a finit par les y rendre quasimentincontournables. Dans le même sens, la profonde incrustation de ces réfugiés nigérians dans le « secteur réel informel » a remarquablement déteint sur la bigarrure de son tissu économique, et l'a fortement imprégné d'une forte couleur de « nigérianité ». Il faut noter ici que c'est surtout durant la crise économique qu'a traversé le Cameroun ces dernières années (1985-1995) que leur importance s'est nettement ressentie et qui a fait accroître leur visibilité dans la sphère socio-économique.L'objectif de cette étude est de rendre compte des déplacements forcés de population et de leurs incidences sur les processus de développement en général, en insistant sur les différentes formes de représentations sociales qu'elles induisent et leurs possibilités à lutter, à partir du secteur informel, contre la pauvreté ambiante dans les milieux urbains africains en particulier.
L'intérêt majeur de cette proposition de recherche réside dans le renversement de problématiques instituées en Afrique sur le binôme immigration-développement, qui n'envisagent la question du développement induit des migrations qu'en terme de transfert de flux financiers dans les pays d'origine, ou, de manière plus large, de l'impact des migrations de retour sur le développement des pays de départ. A contrario, il s'agira dans le cadre de cette étude, d'examiner l'hypothèse d'un développement entretenu par des étrangers dans leurs pays d'accueil.
C'est une piste qui semble intéressante à plusieurs titres : Elle débouche outre sur l'analyse des mécanismes de constitution d'espaces économiques sous-régionaux comme c'est le cas entre pays frontaliers comme le Cameroun et le Nigeria; mais surtout, entrevoit les migrations, mêmes celles qui sont forcées comme pouvant être utiles pour les pays hôtes.
S'agissant de la contribution économique des réfugiés nigérians à Douala en particulier, il faut dire qu'elle est placée sous le signe d'un paradoxe, du fait d'une coexistence pour le moins curieuse d'interactions sociales particulièrement conflictuelles entre les populations locales et ces agents économiques étrangers. Ce paradoxe constitue le moteur de l'analyse que nous souhaiterions mener; l'ambition affichée étant de jeter un éclairage ce sur ce qui de toute évidence apparaît comme un cas singulier de contribution économique induite de
migrations forcées en Afrique noire.DRAFT
Parler de migrations forcées en rapport avec la question du développement a, dès le départ, quelque chose de paradoxal : En effet comment concevoir que des individus qui, poussés hors de leur terroir du fait de phénomènes tragiques (guerres, catastrophes naturelles…) et donc le statut précaire en fait des personnes essentiellement vulnérables dans leur espace d’accueil puissent y être considérées comme des vecteurs possible de développement ? Aussi improbable que l’on puisse l’imaginer, il s’agit pourtant d’une situation concrète que celle générée par de nombreux Nigérians IGBOS qui déferlèrent à Douala (Cameroun) à la suite de la guerre du BIAFRA, et qui dominent aujourd’hui plusieurs pans de l’activité économique informelle dans cette ville. L’originalité de ce cas en fait un sujet de recherche intéressant, dans la mesure où il est en porte-à-faux avec les problématiques légitimées dans le domaine des migrations forcées qui n’avaient jusqu’à présent appréhendé le réfugié que comme une catégorie de migrants à protéger (droit des réfugiés, organisation du séjour des réfugiés et organisation des conditions de retour des réfugiés etc…) ou des bouc-émissaires institutionnels (fomenteurs de coups d’Etat, initiateurs de désordres économiques et sociaux etc…) On a en effet très souvent oublié que ces derniers pouvaient, notamment lorsque leur séjour est indéfiniment prolongé, et, surtout, lorsqu’ils ne constituaient véritablement pas de menace sérieuse pour le pays d’accueil, se muer en de remarquables acteurs sociaux, politiques ou économiques ; bref, devenir de potentiels vecteurs d’amélioration de conditions de vie du fait de leurs activités, au même titre que les nationaux. La présente étude se propose d’effectuer une visite dans ces espaces sociaux et économiques investis et reconstruits par les nouvelles figures d’entrepreneurs économiques réfugiés en Afrique subsaharienne, l’objectif ici étant de rendre compte des déplacements forcés de populations et de leur impact sur les processus de développement en général, en insistant sur les différentes formes de représentations qu’elles induisent et leurs possibilités à lutter contre la pauvreté ambiante dans les milieux urbains africains en particulier.
S’agissant en particulier des réfugiés IGBOS, on doit dire qu’ils sont arrivés à Douala dans des conditions assez difficiles, mais y ont hasardeusement découvert un terrain propice au développement du commerce traditionnellement considéré comme leur principale activité. Leur enthousiasme, couplé au désir de se venger des atrocités liées à la guerre du Biafra les a transformé en d’intrépides commerçants, perçus comme « habilles » pour les uns, mais aussi traités de « fourbes » et de « personnes sans scrupules » selon une bonne partie de la population. On est donc, suivant la typologie faite par URZUA passé d’une « migration de survie » à une « migration de mobilité ». Selon cet auteur, les « migrants de survie » sont des personnes « poussées » à « l’exit » par des conditions de vie insupportables ( guerre, famine…) dans leur milieu d’origine alors que les « migrants de mobilité » sont constitués d’individus « attirés » par les perspectives de meilleurs opportunités économiques et sociales. De réfugiés, on est finalement passé, en ce qui concerne les réfugiés de guerre IGBOS vivant à Douala, à une sorte d’immigration qui ne veut pas dire son nom, avec toutes les caractéristiques et conséquences attachées à la sédentarisation des étrangers en terre d’accueil.
Comme dans beaucoup de villes urbaines au sud du Sahara, le paysage économique de Douala montre clairement que le secteur non structuré apparaît en terme d’ordre de grandeur comme le plus important : émanation et production des « entrepreneurs informels », ce secteur est en forte croissance du fait des effets conjugués de la précarisation et un affaiblissement progressif du secteur structuré et de la vague de fermeture des entreprises publiques et privées qui offraient jusque-là un sentiment de l’existence d’une économie sinon de rente, du moins d’une économie de subsistance. C’est dans ce secteur informel que l’on retrouve le gros de la colonie de réfugiés IGBOS. Incontestablement la population étrangère la plus importante en nombre dans cette ville, ils y déploient depuis de nombreuses années, une importante activité commerciale caractérisée par diverses stratégies qui combinent à la fois l’informel et le formel, l’illégalité et la légalité, avec, surtout, comme caractéristique majeure, une forte tendance à la fraude et à la contrebande. La profonde incrustation des réfugiés nigérians dans le « secteur réel informel » de cette ville cosmopolite a remarquablement déteint sur la bigarrure de son tissu économique, et y a finalement imprégné une forte couleur de « biafrais ». Il faut noter ici que c’est surtout durant la crise économique qu’a traversé le Cameroun ces dernières années (1985-1995) que leur importance s’est nettement ressentie et a remarquablement fait accroître leur visibilité dans une sphère socio-économique largement marquée par un accroissement exponentiel de groupes vulnérables devenus, dans cette conjoncture, fortement dépendants de ces réfugiés IGBOS.
Mais, cette contribution économique des réfugiés nigérians à Douala est surtout placée sous le signe d’un paradoxe, du fait d’une coexistence pour le moins curieuse d’interactions sociales particulièrement conflictuelles entre les populations locales et ces agents économiques étrangers : La construction par les populations locales de l’ ethnonyme « biafrais» (lourdement chargé d’une symbolique péjorative) pour désigner les réfugiés IGBOS, est complètement illogique avec tout le déploiement et l’apport économique de cette population étrangère. Cette contribution économique des réfugiés nigérians à Douala est donc en tout point énigmatique : Elle semble inversement proportionnelle aux représentations qu’ils se font de la guerre du « Biafra » et à une sévère exclusion sociale dont ils sont des victimes dans cette ville. Nous avançons alors ici l’hypothèse selon laquelle la quête d’un enrichissement à outrance des réfugiés IGBOS dans la ville de Douala a inversement permis l’amélioration des conditions de vie des populations de Douala. Cette position constitue le moteur de l’analyse que nous souhaiterions mener, l’ambition affichée étant de jeter un éclairage ce sur ce qui de toute évidence apparaît comme un cas singulier de rapports socio-économiques induits de migrations forcées en Afrique noire. Notre démarche (pour l’instant) largement qualitative se situe dans une perspective micro-économique et, s’appuie sur une pré-enquête effectuée auprès de quelques ménages locaux, eux-mêmes choisis selon la méthode des quota et sur la base de l’Enquête Budget-Consommation 1983/1984. Ensuite, nous avons, à partir des principaux marchés de la ville de Douala (Lagos, Camp Yabassi, Mboppi) tenté de dégager les vecteurs de la régularité des produits et les intervalles des prix des produits « made in Nigeria » ou en provenance du Nigeria avec les autres. Les récits de vie et les entretiens semi-directs auprès des IGBOS évoluant au principal dans la contrebande nous ont permis de compléter nos enquêtes. On présentera dans un premier les conditions et le contexte de cette contribution économique, avant de voir dans un second temps son impact sur les réfugiés IGBOS eux-même et sur les populations locales.
I – L’ « EXIT » DOULOUREUX ET DE DIFFICILES RAPPORTS SOCIAUX EN TERRE D’ACCUEIL
Une succession de difficultés, les unes aussi coriaces que les autres, ont parsemés l’installation de la colonie de réfugiés «biafrais» de Douala arrivés principalement des Etats d’Anambra, d’Enugu, d’Imo, d’Abia, d’Onitcha et dans certaines zones de l’Etat du Delta et du Rivers. Le recensement de la population du Nigeria de 1963 les évaluait à 4 millions et, on peut les estimer entre 15 à 20 millions de nos jours. Ce trait fait d’eux l’un des plus grands groupe ethnique en terme de population au sud du sahara. Ce qu’on pourrait désigner par IGBOland est situé entre le 5-7 latitude nord de l’équateur et le 6-8 de longitude Est du méridien de Greenwich et montre un très forte densité de la population qui atteint jusqu’à 1000 hbts/km2. On montrera d'abord les représentations qu’ils se font de la guerre du Biafra à Douala et ensuite on indiquera la nature des rapports sociaux qu’ils entretiennent avec les populations locales. Ces deux considérations nous paraissent indispensables pour appréhender les modalités de leur contribution économique dans cette ville.
- STIGMATES INDELEBILES DE LA GUERRE DU BIAFRA
Il est assez difficile de parler des IGBOS aussi bien en terme d’ethnie, de groupe linguistique ou de structure communautaire véritablement homogène. En effet selon AfIGBO, « the term IGBO has shown itself to be rather chameleonic, changing its meaning according to time and political climate ». Il signifierait alors tour à tour « ceux qui parlent la langue IGBO », « les étrangers » et la « communauté » ou même « hebreux » selon certaines assertions. Mais malgré ce caractère polysémique, le sens d’« étranger » a très souvent prévalu et apparaît comme l’image, la représentation la plus répandue du IGBO en terre nigériane. IGBO signifierait dans ce sens le visiteur ou une personne venant d’ailleurs (« Ndi IGBO »); parfois appelé « ndi obia » ou encore « Ndi mbiam bia ». Les conséquences de cette représentation sont multiples sur le plan de la sociabilité et font de lui un métèque ; celui qui vient de l’autre contrée, notamment aux yeux de nigérians Ijaws, Igala, Nupe, Igbira et Yoruba etc. Situation réelle ou imaginaire, cette fabrication d’une altérité fondée sur l’étrangeté a produit des effets de réalité et la construction paradoxale par les IGBOS d’une nouvelle identité bâtie un complexe de mal aimé. Ainsi sera légitimée la revendication d’une autonomie d’un IGBOland, avec les conséquences tragiques que l’on connaît avec la guerre du biafra. Cependant, la surmédiatisation du transfert d’enfants IGBOS au Gabon ou en Côte-d’Ivoire par certaines organisations humanitaires (CICR, COE, UNICEF) pendant cette guerre a totalement occulté le déferlement de nombreux réfugiés IGBOS dans la ville de Douala réduisant ainsi de manière considérable le champ des savoirs sur cette question. On se propose ici de montrer que les représentations post-massacres structurent de manière significative les rapports entre réfugiés et les populations de Douala. L’exemple des rescapés de pogroms IGBOS de la guerre du Biafra et qui se sont réfugiés à Douala fait justement observer que ces derniers ont développé, puis cristallisé durablement en eux un très fort sentiment de haine et une soif de vengeance d’une intensité sans pareil envers les « nordistes » qui contrôlent le Gouvernement Militaire Fédéral depuis 1970 et a forgé en eux un fort sentiment de vengeance. La solution fédérale envisagée et appliquée manu militari après l’armistice signée le 15 janvier 1970 entre les généraux EFFIONG et GOWON n’aura constitué qu’un pis-aller : Le carnage et les atrocités perpétrés sur les IGBOS durant cette guerre qui fit plus de 2 millions de morts en l’espace de 30 mois continuent de charrier 30 années après le quotidien des victimes et, contribuent de près ou de loin à conditionner leurs rapports aux populations de Douala. La réactivation depuis peu dans cette ville d’un Etat du Biafra à travers une association politique dénommée Movement of Actualisation of the Sovereign State of Biafra (MASSOB), l’inflation des patronymes au sein des familles IGBOS comme ASSABA, CALABAR ou AHIARA qui sont en réalité des lieux où les massacres de populations civiles furent les plus importants et les plus insoutenables pendant la guerre du Biafra et, la distribution de cartes d’identités « biafraises » dans cette ville amènent à prendre au sérieux les effets produits par ces représentations.
Dans cette perspective, l’accumulation par tous les moyens semble apparaître comme un facteur décisif de cette autre guerre, (« final battle ») qui semble profondément inscrite dans les subconscient des réfugiés IGBOS de Douala : « What I saw that night at UHLI is unbelieveable and, the trauma I’ve got is still ongoing in my mind since… northerners are eating the fruit of our hardworking … This situation must change and I’ll do my best for it for my belove country. God will bless » s’exprime ainsi ODJEBODE, riche commerçant IGBO derrière son comptoir de pièces détachées sis au quartier CAMP YABASSI.
En effet, Ojebode avait dix ans lorsque déclencha la guerre de sécession du biafra. A ce moment, il vivait avec ses parents à Owerri, en plein IGBOland qui, sous la houlette du Général d’armée ODJUKWU avait décidé de créer la république autonome du biafra. La défaite des IGBOS à la fin des années 1969 entraîna la répression de nombreuses populations qui, pour se sauver, s’enfuirent dans toutes les directions. C’est dans ces circonstances que ODJEBODE, après de nombreux périples, notamment à travers l’arpentage les pistes de montagnes qui séparent la dorsale nord-ouest du Cameroun du Nigeria, se retrouva à Bamenda, puis à Douala comme dernier refuge où il retrouva nombre de ses congénères arrivés dans des circonstances presque identiques. Il s’installa avec les autres fuyards au quartier dit New-Bell jadis dénommé IBADAN I et IBADAN II où s’étaient retranchés discrètement un nombre important d’IGBOS. Dix années durant, il travailla pour le compte de son « Hoga » (Un IGBO également originaire d’OWERRI) qui l’avait embauché comme « boy » dans ses maisons de commerce éparpillées au marché « LAGOS », au marché de MBOPPI et au quartier « CAMP YABASSI ». Son ambition était de pouvoir s’installer un jour à son propre compte, de se faire beaucoup d’argent et par tous les moyens possibles, car il demeurait conscient qu’il faudrait également, un jour ou l’autre, rentrer dans son OWERRI natal afin de changer le cours des choses dans son pays d’origine. Mais un préalable apparaissait déterminant pour ce retour : détenir les moyens (financiers) nécessaires pour la poursuite de la lutte de libération du peuple IGBO frustré et spolié de ces richesses par des « analphabètes » nordistes.
La deuxième vague significative de l’immigration nigériane à Douala est donc liée à la guerre du Biafra, et commence à partir des années 1971. Cette guerre a constitué un accélérateur de l’émigration nigériane à Douala des IGBOS qui fuyaient une guerre devenue en quelques temps un véritable holocauste pour eux. Cette seconde vague s’installe à Douala avec d’autant plus de facilité qu‘elle est accueillie par les anciens planteurs nigérians en provenance des plantations de palmiers à huile et d’hévéa du Sud-Ouest du Cameroun et installés à New-Bell avec la camerounisation des cadres. On les verra progressivement occuper les quartiers CAMP YABASSI, NGODI. NGONSHUA… Mais les réfugiés IGBOS aménagent surtout de nouvelles formes de séjours, paradoxalement inscrites dans la longue durée et qui contrastent avec la situation des réfugiés classiques. Les réfugiés IGBOS vivant à Douala montrent une certaine hargne pour la réussite financièrement devenue dans ce contexte un espèce de challenge, une préoccupation dont la finalité latente serait la renaissance du IGBOland et le rétablissement du le mythique Etat du Biafra.
- DIFFICILE SOCIABILITE EN TERRE D’ACCUEIL
Un obstacle psychologique majeur est au centre de la difficile sociabilité entre réfugiés IGBOS et les populations locales à Douala. A la base de ces rapports conflictuels, des perceptions et des représentations péjoratives réciproques. L’analyse des représentations que nous envisageons considérera les modes de désignation ou de nomination des étrangers, le discours public sur les immigrés qui structurent l’organisation symbolique de l’espace urbain à Douala. Un accent particulier sera alors mis sur la perception des populations locales des réfugiés nigérians qui semble à tout égard sui-generis. Contrairement à ce que pense Thomas Weiss (1998 :163, 244), la perception que se font les camerounais du sud des nigérians est en général négative, même si on pourrait déceler ici et là quelques îlots de « sympathie ». En fait, ce que l’auteur désigne par « témoignages de sympathie » des Bamiléké à l’égard des nigérians est déduit d’une vue superficielle de la réalité, qui repose sur une « illusion de la transparence ». En effet, l’« objectivation » des interactions entre ces acteurs montre que les autorités publiques et commerçants Bamiléké ont sans doute la même perception des réfugiés nigérians que les « civils ». Cette « sympathie » qu’évoque Weiss est feinte et masque des relents de répulsion empreints d’une forte dose hypocrisie, comme le prouvent les tracasseries administratives et policières quotidiennes envers les nigérians et les backhishs qui s’ensuivent, comme l’atteste les mises à sac des biens nigérians par certains commerçants Bamilékés à la moindre occasion, comme le montre le relais de cette image négative fournie par la presse locale parfois encore plus acerbe. La seule différence réside uniquement à notre avis de ce que cette répulsion est ouverte et manifeste avec les populations locales, alors qu’elle est larvée, latente et plutôt insidieuse avec les autorités locales. Tout au plus s’agit-il d’une différence de degré qu’une différence de nature...
Ensuite, la perception des réfugiés IGBOS est très souvent empreinte d’aversion et de méfiance des populations locales vis-à-vis des réfugiés nigérians : « Je les ai vu le 1er (janvier) se comporter comme s’il étaient chez eux, faisant exploser bruyamment et joyeusement de gros baudruches. Je n’ai pas manqué de leur demander si un Camerounais pouvait se comporter ainsi au Nigeria. Il n’ont pas hésité à me rétorquer avec insolence ». Cet extrait d’un journal de la presse locale illustre remarquablement l’image et la perception que se font les populations locales des réfugiés nigérians. Caricaturés comme personnages irrévérencieux et iconoclastes, les réfugiés nigérians notamment IGBO qui constituent sans doute à cause de leur proximité la majorité du contingent nigérian à Douala, seraient à la base de cette image. Perçus comme individualistes et issus des « démocratie villageoises » (Ejiofor 1981; Boutet 1992:26, Weiss 1998: 136) c’est-à-dire des sociétés sans hiérarchie, ils ont tendance à transposer ce modèle de rapports sociétaux lâches dans la ville d’accueil composée il est vrai d’une population hétéroclite, mais dont les appartenances ethniques montrent bien qu’elles sont issues des sociétés hautement hiérarchisées, tels que les autochtones Sawa, les Bamilékés ou Bassa etc... Cela a entraîné un choc culturel, matérialisé par une sorte de méfiance et d’aversion des populations locales envers les réfugiés nigérians. La méfiance et l’aversion se traduisent concrètement dans ce contexte non par un évitement (d’ailleurs impossible) des nigérians plutôt expansifs, mais plutôt par une propension quasi-obsessionnelle des populations locales à les attraire en justice ou à quelque lynchage lorsque cela est possible. La fréquence des plaintes déposées dans les commissariats à leur encontre est significatif à cet égard. Ce sont principalement les commissariats du 6ème, du 4ème et du 2ème arrondissement qui sont le plus concernés par les plaintes contre les nigérians. L’entretien avec le chef de bureau de la section judiciaire du 2ème arrondissement de Douala permet de savoir qu’il y a au moins une fois tous les trois jours, une plainte contre les nigérians dans ses services, et cela depuis bien 5 années qu’il est en fonction. Soit environ 121 plaintes par an ! Les motivations sont diverses et vont de l’injure au meurtre, en passant par l’escroquerie et le vol. Nous avons retrouvé les même tendances aux commissariats du 4ème et du 6ème arrondissement. L’analyse attentive de plaintes montre certaines régularités : le nombre élevé de motifs liés à l’injure et à l’abus de confiance (50%) d’une part et d’autre part le nombre important des IGBO dans ces affaires (80%). Cela amène à dire que la mauvaise image projetée sur l’immigré nigérian semble, toute proportion gardée, d’abord le fait des IGBO que des Yoruba ou Haoussa-Fulani rencontrés en infime pourcentage dans ce type de litiges.
Par ailleurs, la fréquence de la présence des IGBO dans des gangs de voleurs ou des meurtres macabres tend à crédibiliser cette hypothèse. Certains faits sociaux, pour le moins abjects sont ainsi leurs œuvres, comme en témoigne la scène de la nuit du 11 au 12 Novembre 1996 où un enfant de 12 ans, le nommé Nyobe (Bassa de la population autochtone) fut assassiné et la tête empochée par 2 nigérians d’origine IGBO (Augustine Ihezie et Jerry Obassi) au fin du trafic de corps humains. Selon le Messager, ces deux meurtriers n’étaient pas à leur premier forfait et ne constituent en réalité qu’une infime partie des réfugiés nigérians qui se livrent à ce genre de pratiques. Par contre, les affaires liées à l’arnaque recoupent toutes les composantes de la communauté nigériane à Douala. Le commissariat du 2ème arrondissement est, à cause de sa proximité avec le marché central de Douala le plus concerné par ce type de plainte où se trouvent concentrés Yoruba et Haoussa-Fulani essentiellement commerçants dans le textile. Mais il faut faire observer que tous les commissariats de la ville abondent, peut-être seulement à un degré moindre, en ce type de griefs, attestant de l’aversion envers les nigérians du fait de leur caractère « peu honnête », « roublards » et « fourbes ».Telle est l’image que se font les populations locales de leurs voisins nigérians. À ceci, ces derniers (90%) rétorquent qu’il ne faut pas confondre business et familiarité. « Business is Business ». Traduction, les affaires ne s’accommodent pas de scrupules. Pour les populations locales, les nigérians confondent « affaires et fourberie », « affaires et tricherie ». Cette image empreinte d’aversion et lourdement chargée d’une symbolique péjorative se matérialise également par une répulsion que l’on peut déceler à différents moments.
Enfin, le dynamisme, l’ardeur et la persévérance au travail des réfugiés nigérians, leur ethos d’accumulation (forte épargne + sous-consommation) (Geschiere et Konings 1993: 9-19) se solde régulièrement par un succès en terme de pouvoir financier. Cela ne semble guère plaire aux populations autochtones qui les trouvent « orgueilleux » et « vantards »(80%). La réalité serait, comme l’affirme le commissaire spécial du 2ème arrondissement, que « ces gens arrivent en haillons sans le moindre argent, supplient pour avoir de quoi survivre et au bout de 5 ans, ils deviennent vos patrons, vous emploient parfois dans le même quartier ou dans la même boîte ». A l’évidence, cela fait des jaloux, notamment dans les populations locales qui supportent assez mal ce retournement. Ainsi, le moindre prétexte est vite trouvé pour « régler les comptes » aux réfugiés nigérians, comme l’atteste l’invasion des quartiers Ngodi et Camp Yabassi par les populations locales le lendemain du meurtre du jeune Nyobe : plusieurs maisons de commerce appartenant aux nigérians furent en effet éventrée et vidées de leur contenu, dans la perspective latente de réappropriation de bien spoliés par l’ «envahisseur » et « tricheur » nigérian. La scène de pillage contre leurs commerces en avril 1992 par les populations locales, incitées par les commerçants autochtones durant « les villes mortes » retourne également de cette tendance xénophobe. La manifestation la plus flagrante de cette répulsion est l’accusation faite contre les nigérians à propos des disparitions de sexes. Matériellement non prouvé, ce « vol de sexes » apparaît comme un autre prétexte trouvé pour jeter l’«envahisseur » nigérian aux gémonies. Ainsi de cette affaire qui s’est déroulée au quartier Bessengue-Deido, où deux nigérians furent molestés par la foule, pour avoir « volé le sexe » d’un jeune adolescentcamerounais. Les examens effectués quelques temps après sur la victime par le médécin-chef de l’hôpital de Deido attestaient de l’état de santé normal de l’intéressé et, la prétendue disparition du sexe relevait davantage d’un phénomène hallucinatoire liée à une sorte de psychose que les population font à l’endroit des nigérians, dont il faut s’en méfier par principe. Sans qu’il soit besoin de multiplier à l’infini des exemples de ce genre, il y a à remarquer que leur fréquence et leur récurrence traduisent très exactement la tension permanente qui alterne de manière cyclique entre une répulsion rampante ou ouverte envers les « »biafrais» ». Cette répulsion trouve une autre de ses manifestations dans la construction de l’ethnonyme « »biafrais» ».
Enfin, l’étape supérieure de la méfiance et de la suspicion est La construction de l'ethnonyme «biafrais». A l'origine du terme «biafrais», l'ex-Etat du Biafra proclamé le 30 Mai 1967 par le Lieutenant Colonel Ojukuwu et composé en grande partie de l'ethnie IGBO. Cependant cette appréhension objective d'une réalité historique ne correspond pas avec la construction subjective de la réalité sociale faite par les populations locales pour désigner les réfugiés nigérians. Dans le contexte de la ville de Douala, l'appellation «biafrais» est une catégorie sociale que l'on peut appréhender sur un double plan physique et psychologique. La variable physique regroupe tout les ressortissants nigérians, c’est -à- dire IGBO, Yoruba et Haoussa-Fulani confondus. Les clivages historiques connus entre ces principales ethnies nigérianes (Suberu 1998) s’estompent devant l'« ethnonyme unifiant » (Sindjoun 1994:170) «biafrais». On peut à ce sujet parler de la fonction performative (Sindjoun 1994:381) de l'ethnonyme «biafrais». L'autre variable explicative de l'ethnonyme «biafrais» est psychologique et s'analyse en la charge symbolique péjorative qu'il contient. L'appellation «biafrais» prend ici les allures d’un « stéréotype envahissant » ( Morris 1999: 85) et renvoie alors à toute personne réputée « fourbe », « malhonnête », « tricheuse », « trafiquant », « faussaire » « peu scrupuleuse » etc. C’est une construction sociale basée sur la représentation de l'autre comme sujet pathologique. La symbolique qu’elle véhicule exerce dès lors « un rôle structurant dans l’organisation de la perception sociale »(Bouillon 1999 : 134). A Douala, il s'agit en fait d'une réaction des populations locales empreinte soit de jalousie face à l'impétuosité des réfugiés nigérians, soit d'hostilité contre le caractère « tricheur » et « peu scrupuleux » du nigérian. La composition de ce portrait procède par structuration d'éléments négatifs ou anormaux, immoraux comme la méchanceté, la tricherie; puis par un processus d’ancrage de schèmes qui se cristallisent dans l'inconscient collectif et déterminent en définitive les attitudes envers les réfugiés nigérians. Mais le processus ne s’est pas arrêté à ce stade. Il y a eu ensuite extrapolation de ce signifiant tant et si bien que dans l’imagerie populaire, l'appellation «biafrais» renvoie tour à tour au ressortissant nigérian, à toute personne « fourbe », « tricheuse »,« peu scrupuleuse », mais aussi de manière générale à toute chose négative. Une conserve est frelatée à l’achat ? pas de doute : c’est du « biafrais» ». Un médicament ne soigne pas ? ce doit être du « biafrais» ». Un gosse est mal élevé ? alors il est « biafrais» ». Le glissement du qualificatif « biafrais» » des personnes aux choses exprime la gradation de la répulsion qu’il a y eu dans l’attitude des populations locales envers les réfugiés nigérians. L’expression tirée du « pidgin-english » local « biafra na tchop die » et qui signifie littéralement « celui qui peut mourir pour son mensonge » est suffisamment illustratif du degré de répulsion qu’ont développé les populations locales vis-à-vis des nigérians. Tout ce soubassement de relations empreintes d’aversion n’a pourtant pas stoppé les ardeurs des réfugiés IGBOS qui ont, dans la perspective de la réalisation de leur rêves, mis en œuvre des stratégies d’accumulation remarquables, les unes aussi subtiles que les autres.
II - LA RECONVERSION DANS DES ACTIVITES COMERCIALES ET LA TRANSFORMATION DE L’ « EXIT » DOULOUREUX EN GAINS
L’objectif de cette partie est de montrer en gros le glissement de la qualité de réfugiés IGBOS à celle de grands commerçants dans la ville de Douala et, in fine, les effets économiques induits de cette migration forcée sur les réfugiés eux-mêmes et sur le pays d’accueil. Il s’agit de montrer et d’expliquer les mécanismes par lesquels ces réfugiés ont pu, dans un contexte psychologique et social aussi difficile, quitter le statut de parias à celui de VIP.
- DES STRATEGIES INDIVIDUELLES D’ENRICHISSEMENT INSCRITES DANS DES LOGIQUES DE REUSSITE COLLECTIVE.
Le principal motif de départ des IGBOS du Nigeria qui fut uniquement la sauvegarde de leurs vies s’est, pendant leur séjour à Douala, commué en une recherche effrénée d’acquisition d’un bien-être, d’accumulation obsessionnelle du CFA. Cela s’est traduit concrètement par la ruée vers l’exercice des activités commerciales où ils ont pu, au fil du temps, tirer de bénéfices considérables. La fuite vers Douala est ainsi devenue la ruée vers le CFA, un CFA d’autant plus facile à amasser que ni les populations, ni l’Etat camerounais n’ont jamais véritablement songé à réguler sérieusement leurs activités au demeurant essentiellement informelles.
- CONSTITUTION DE FORTUNES PERSONNELLES : DE PARIAS A VIP
On est immédiatement frappé, lorsqu’on chemine l’axe qui va du quartier YABASSI au quartier NGODI, par le nombre important de maisons de commerce détenues par les IGBOS vivent dans la ville de Douala. Initialement convertis dans les petits métiers à leur arrivée afin survivre dans un environnement nouveau, les réfugiés IGBOS ont progressivement mis en place d’importantes filières marchandes qui s’étendent du Nigeria au Cameroun et qui sont à la base de leur pouvoir économique dans cette ville. Mais ce déploiement dans le commerce est avant tout, à leurs yeux, une activité menée dans le sens des intérêts individuels bien compris. Au-delà de leur situation de « migrants de survie », qui permet de comprendre ce comportement, il y a lieu de prendre en compte l’instrumentalisation du « self » (catégorie socio-culturelle issue du Igboland) qui expliquerait ce glissement de statut de parias à celui riches commerçants en terre d’accueil. Définissant ses quatre types de citoyenneté en rapport avec le politique, James Rosenau met en exergue la « citoyenneté égocentrique » comme une des principales modalités de l’« orientation préférentielle ». Il faut y entendre, la priorité qu’un individu accorde à soi dans la société dans laquelle il vit. Une importance particulière est ici « attachée à l’intérêt personnel ainsi que le peu de considération qui est apporté au bien-être de la collectivité ». Expression moderne des théories néo-utilitaristes, l’idée d’une poursuite des intérêts personnels n’est en effet pas dénuée de pertinence. L’extension de ce statut à des registres autres que la participation au pouvoir, par exemple économiques ou sociaux peut permettre de comprendre les stratégies individualistes de séjours des réfugiés IGBO à Douala. L’observation de leurs comportements montre des stratégies tout à fait similaires, tendant à faire entrevoir que certains de leurs actes sont fondamentalement dictés par des intérêts personnels, et démontrant parallèlement leur relative indifférence aux appels multiples et diversifiés des autres structures sociales.
IGBO ( I BEFORE OTHERS )
A la base de ces stratégies, l’instrumentalisation de la notion du « self » que l’on retrouve dans la tradition IGBO. A titre d’exemple, les maisons de commerce, même si elles emploient un nombre important de personnes, restent la propriété d’un individu qui l’incarne et le représente aux yeux de ses congénères. Les écriteaux « IKE and sons », « ANALE Spare Parts International», « ODIMA Tradings », « OKWARACHI Electronics », « UWE Timbers » qui jonchent les bordures de routes de ces quartiers expriment très précisément cet objectif observable à partir des dénominations personnalisées, individualisées. La principale référence dans cette hypothèse est l’individu, entendue comme entité primordiale qui doit forger personnellement son destin, afin d’attirer respect et admiration envers les autres (onwe onye). On assiste ici au développement d’un type d’individualisme forcené qui, tout en n’excluant pas forcément les logiques étatiques ou associatives, obéit d’abord à un attachement et à un projet migratoire basé sur une réussite fondé sur soi-même (selfhood). La réussite personnelle de refugiés IGBOS comme « Hello » ou encore « Odjukwu » partis de rien et dont leurs imposants immeubles contrastent avec les constructions aformes des populations locales au quartier Ngodi correspondent à ce type de trajectoire, basée sur le culte de l ‘individualisme. L’hypothèse de la mobilisation de ces catégories socio-culturelles durant leur séjour migratoire à Douala voudrait ériger le réfugié IGBO en acteur rationnel, c’est-à-dire suffisamment libre de déterminer sa trajectoire d’accumulation. Il s’agit ici des stratégies individuelles mises en œuvre par des acteurs sociaux, sur la base d’un ensemble de rationalités diversifiées et dont la finalité est l’optimalisation de leurs intérêts. C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre notre analyse qui se réfère certainement aux catégories socio-culturelles sans pourtant se réduire à une analyse culturaliste. Ce regard sur les catégories socio-culturelles IGBOS (Anyanwu et Aguwa, 1993, Upata 1998 ; Obododimma, 2000) fait apercevoir l’importance de ce type ce croyance pour soi (self) qui légitime l’individualisme, gage de la réussite en terre étrangère.
Par ailleurs, le « struggle for life » couramment répandu dans le IGBOland implique une compétition de l’individu contre tous, autre voie pour une reconnaissance et une légitimation sociale. On comprend dans cette perspective que, la lutte implacable entre IGBOS eux-mêmes soit socialement légitimée, montrant par là que le « I before others » n’est pas un slogan creux. Il s’apparente d’ailleurs à une forme de vertu qui prend ses racines dans la société d’origine et acquiert une importance particulière en situation de diaspora, comme on peut le voir à Douala. Autre indice de cet individualisme forcené (ichi oso) des IGBOS à Douala et qui est parfois poussé à des proportions insoupçonnables, le nombre impressionnant de litiges entre réfugiés IGBOS non solutionnés par leurs leaders d’associations et qui se retrouvent par la suite dans les commissariats de la place ( spécialement commissariat du 6ème, du 4ème et du 2ème arrondissement) Il semblerait notamment que durant le séjour migratoire, « le struggle for life » soit avant tout une compétition entre IGBOS avant d’être un combat pour la vie ou la survie tout court. L’attachement pour soi-même n’est donc pas, dans la vision IGBO, constitutif d’un vice. Il est même vertu, surtout lorsqu’il est précédé par une réussite basée sur le travail, l’endurance et les obstacles surmontés. Le courage sous-jacent à cette idée renforce l’idée suivant laquelle l’individu doit s’affirmer par son goût pour le risque et sa capacité à braver les obstacles. La figure du Trickster faite de duplicité, de ruse illustre assez bien cette vision des choses. Les « bonnes raisons » qui l’amènent à ériger son égo comme référent prioritaire semblent inscrites dans les trajectoires migratoires où en fin de compte, c’est la réussite personnelle qui compensera l’« exit » douloureux du terroir (Prieswerk, Y et Sauvain-Dugerdil,1993). Il en a résulté un marquage impressionnant de la ville de Douala de la présence IGBO dont les maisons de commerces, remarquablement achalandées aussi bien en « Genuine » qu’en « Tokoumbo », ne trompent guère sur l’importante masse financière qu’elles brassent. On peut ainsi lire sur les panneaux publicitaires qui les trouvent dans les principaux marchés de Douala ( « Lagos », « Mboppi », « Yabassi ») « Chukwu T. Motors Unlimited », ou encore « Okesonic world Limited », « Odgebode Universal Pictures », « Igwe General Motors Box 995 746 75 Atlanta USA ; « Njaka Spare parts Box 009234 997568 Onitcha, Nigeria » ; « Okonkwo Box 001 81 Japan Ltd, « Odge Sound International » etc... Les patronymes « Odgebode » « Okesonic » « Chukwu » « Igwe » qui précèdent ces inscriptions traduisent le caractère légal de leur activité, mais surtout la légitimité d’une réussite personnelle basée sur l’accumulation privée. Le nouveau statut de « grands commerçants » des réfugiés devenus aussi des « big men » dans les sens de SALHINS a des représentations importantes sur les populations et même sur les autorités, qui les associent désormais dans la gestions des activités locales. Ils sont ainsi régulièrement consultés, notamment à travers leurs « CHIEFS » pour les affaires de la cité ou de leurs circonscription administratives.
LE « SETTLEMENT»
Le « settlement » est le mécanisme traditionnel par lequel se reproduit cette accumulation à l’échelle individuelle, et ne peut réellement être concevable suivant les modèles culturels IGBOS que lorsqu’il est basé sur des structures familiales, ethniques ou alors professionnelles. C’est, de manière caricaturale, une récompense faite au « boy » par son « Hoga », après un certain nombre d’années de travail pour le compte de ce dernier. Généralement, il s’agit de l’ouverture d’un commerce par le « Hoga » pour le compte du « Boy », et de l’insertion de celui-ci dans les réseaux marchands comme commerçant autonome. La patience, l’endurance, mais surtout la confiance des parties au contrat caractérisent de ce type de rapport. C’est dans le cadre de l’apprentissage sous la houlette du « Hoga » que le « Boy » assimile les recettes de l’accumulation, devenue pendant le séjour, la finalité ultime. Ainsi, pour le réfugié IGBO, l’acharnement sur le CFA est assez exceptionnel. Tout peut, à l’occasion être mis en oeuvre en acquérir. Certains dictons populaires de la ville de Douala soutiennent qu’« un « biafrais » ne change jamais un billet de 10.000 cfa qui entre dans sa poche » comme pour montrer leur attachement quasi-obsessionnel à de l’argent ». Cette forme d’accumulation aux allures maniaques explique son ethos de munificence qui est, dans ce contexte, caractérisé par un fonctionnement minimum : Il mange à peine, afin d’épargner pour la cotisation du dimanche qui réunit les membres de la communauté ou pour la cotisation journalière qui rassemble les commerçants de la même rue. Cet argent alimente ensuite les comptes de « biafrais » principalement à la CITY BANK ou encore à ECOBANK, puis envoyé à Onitcha, Owerri, Aba, etc… à des fins de construction des maisons de retraite ou encore réinvestit dans les affaires. L’édification des immeubles dans certains villages nigérians à l’instar d’ENHUYI par ces « EWE CAMARO » montre bien la spectaculaire accumulation faite en un laps de temps par ces réfugiés à Douala.
- REDOUTABLES RESEAUX MARCHANDS SOUTERRAINS
L’observation du séjour des réfugiés IGBO dans la ville de Douala montre la mobilisation de deux types de structures référentielles, qui sont pour les unes très visibles (« exhibitionnist ») et, presque invisibles pour les autres (« skill ») Les structures facilement repérables s’apparentent aux associations et corporations, alors que celles qui le sont moins sont constituées d’un ensemble des réseaux multiformes et multifonctionnels. On désignera les premières par le terme « appareil » et les secondes par le terme « réseau » (Lemieux V, 1999) La variété des connections de ces dernières et leurs ressources font entrevoir des structures d’une capacité d’attraction redoutable, qui concurrencent de façon significative les structures formelles. Ils mettent en place des formes de solidarité sans territoire, puisqu’ils s’étendent du Nigeria au Cameroun, multifonctionnels parce qu’ils ont tantôt pour finalité d’apporter une aide matérielle, ou servant parfois de structures d’encadrement social ou spirituel, mixtes parce qu’ils mettent en place diverses composantes qui peuvent concerner des liens de parenté, ethniques, professionnels, religieux, et surtout commerçants etc.
Les réseaux marchands constituent ici les charpentes invisibles à travers lesquelles se mettent en place des filières commerçantes spécialisées tels que la casse-automobile, les pièces électroniques, la pêche où ils dominent numériquement et financièrement. Ils mettent en place des économies souterraines, ayant des arrières-bases situées tantôt au Cameroun, tantôt au Nigeria ou encore en Asie. Ces réseaux commerçants sont des instruments fondamentaux dans l’activité des réfugiés IGBOS et où la confiance (trust) réciproque est une valeur cardinale dans leur fonctionnement. Un sorte de loi de l’omerta garantit l’opacité qui doit caractériser le réseau, et en faire un instrument de travail en commun. Ce « trust » assure la pérennité du réseaux, lui-même gage de réussite collective.
Nous avons par exemple visité de l’intérieur la filière de pièces électroniques qui malgré les apparences, brasse de sommes astronomiques dans un secteur d’activité faussement considéré comme « secondaire ». En général la filière de pièces électroniques fonctionne suivant 2 options : la vente de pièces d’imitation fabriquées sur place au Nigeria et la vente de pièce « d’origine » en provenance d’Asie. Le concept « origine » renferme deux significations : il désigne tantôt des pièces neuves, c’est-à-dire celles provenant des industries manufacturières asiatiques, tantôt des pièces de seconde mains (TOKOUMBO) recyclées par leurs propres soins. Elles sont les plus nombreuses sur le marché et représentent les produits sur lesquelles ils font l’essentiel de leurs bénéfices. Dans la première catégorie (made in Nigeria) les pièces électroniques sont fabriquées sous commande par des industries artisanales basées presque toutes dans le Sud-Est du Nigeria (Owerri, Aba, Onitcha, Imo etc..) Dans cette dernière catégorie, les pièces sont d’abord importées au Nigeria, stockées dans la majeure partie de cas à ALABA INTERNATIONAL MARKET, avant d’être réexpédié sur Douala via Onitcha ou Calabar (Port Harcourt). Elles coûtent en général 2 à 3 fois moins cher que celles qui sont importées d ‘Asie et qui sont réputées « originales ». L’une des caractéristiques majeure de cette filière, c’est le contraste entre la petite masse de la marchandise convoyée et sa valeur plutôt importante, ceci en comparaison avec d’autres filières comme celle des produits cosmétiques plus voyants ou plus visibles, mais dont la valeur marchande est largement moindre. Les réfugiés IGBOS impliqués dans ce commerce (discret) de pièces électroniques réalisent, comme leurs homologues de la casse automobile ou ceux exerçant dans la vente des hydrocarbures (« zoua-zoua », « fédéral ») un important chiffre d’affaire. Mais, si les raisons de cet enrichissement peuvent être nombreuses, tout semble néanmoins se jouer dans la constitution de monopoles, notamment en matière d’approvisionnement. Les monopoles permettent de maintenir l’exclusivité de la commercialisation d’un produit, d’en contrôler les prix en amont et en aval; et, au besoin de créer comme d’habitude des pénuries artificielles pour ensuite spéculer. L’observation des commerçants IGBOS du CampYabassi de Douala permet de mieux cerner le processus. C’est que, contrairement à leurs homologues camerounais qui exercent en rang dispersés, les nigérians se regroupent en des organisations marchandes pour adopter des stratégies communes. Ils peuvent alors réduire de manière significative les frais d’achat, de transport, de douanes et donc les coûts finaux. Cela leur permet de pratiquer des prix bas, d’évacuer parallèlement toute concurrence et de créer un monopole dans la filière. Il en est ainsi de certains produits de première nécessité comme les sandales (« mina you »), les cosmétiques (« karibu »), les écrevisses (« mandjanga »). La seule possibilité de survie pour les concurrents camerounais dans cette hypothèse réside dans une alliance avec eux. Cela justifierait leur omniprésence à Maiduguri, à Djamena, à Yaoundé, à Libreville ou à Douala où ils font presque toujours de bonnes affaires!
Si l’accumulation à partir d’une position de parias (réfugiés) apparaît comme une situation assez singulière, il faut dire que la méthode qui consiste en la conversion de ce capital en ressources relationnelles par ces réfugiés IGBOS est également fascinante, notamment en terme de stratégies séjour pour des personnes qui au départ n’en demandaient pas plus que pour leur survie.
B - EFFETS MULTIPLICATEURS INDUITS DE L’ACTIVITE COMMERCIALE DES REFUGIES POUR LES POPULATIONS LOCALES
Deux principales modalités renseignent sur la contribution économique des réfugiés IGBOS dans la ville de Douala. La première s’analyse en un approvisionnement régulier de la ville de Douala de certains produits de première nécessité, et ensuite la pratique de bas prix qui aide considérablement les « groupes vulnérables » à survivre dans un contexte de crise économique avérée.
- - Régularité dans l’approvisionnement en produits de première nécessité
Par « groupes vulnérables », nous entendons la catégorie des personnes compressées, de diplômés en chômage ou sous-employés et les chômeurs chefs de famille. Il s’agit en réalité là de la situation de la majeure partie de la population de la ville de Douala, confrontée depuis la moitié des années 1980 à des difficultés économiques extrêmes. En effet, la crise économique qui se déclenche au Cameroun touche d’abord les populations urbaines, avant d’irradier les zones rurales. La fermeture systématique des industries du quartier Bassa-Douala couplée aux conditionnalités imposées par le PAS marquait dès ce moment le début d’un cycle de paupérisation jusque-là inconnu. La diminution drastique du pouvoir d’achat des populations a donc entraîné des réajustements de comportements, notamment ce qui est de la consommation. C’est précisément à ce moment que la visibilité des réfugiés IGBOS s’est accru sur le champ économique et social, et, s’est manifestée par un approvisionnement régulier de produits de première nécessité auprès des populations locales. Par ordre d’importance, on peut mentionner l’approvisionnement en médicaments aux fins de la résorption des problèmes de santé. On doit aussi dire que, déjà avant l’avènement de cette crise économique, les problèmes de santé publique constituaient une véritable gageure au Cameroun et, les milieux urbains considérés comme des zones sinistrées. Ces problèmes se sont d’ailleurs décuplés dans la ville de Douala avec l’apparition du SIDA, dont le coût des soins véritablement prohibitif avait transformé les hôpitaux en mouroirs, laissant les populations dans le désarroi. Pour comprendre leurs rapports aux produits « biafrais », nos entretiens insistaient généralement sur la nature des médicaments qu’ils consommaient en cas de maladie et, surtout, les endroits où ils se les procuraient. Une tendance lourde est apparue lors des dépouillements de notre pré-enquête et nous a fait comprendre que près de 90% des enquêtés allaient au « GAZON ». Le « GAZON » est situé à l’entrée principale du marché « Lagos » (centre commercial le plus important de la ville de Douala) et spécialisé dans la vente de produits pharmaceutiques en provenance du Nigeria. Espace d’environ 1000m², le « GAZON » a la caractéristique d’être occupé par des commerçants camerounais ( Bamilekés et anglophones du nord-ouest pour la plupart) mais dont les principaux fournisseurs sont IGBOS. La popularité de ce lieu de commerce, son attraction est le fait de l’importante quantité et de l’importante variété de médicaments qui s’y trouvent. Il symbolise parallèlement le marquage de l’espace commercial de la ville de Douala par ces IGBOS.
« Mêmes les médecins viennent s’approvisionner ici depuis que les antibiotiques ont doublé de prix à la pharmacie » tiens à nous le faire savoir un vendeur spécialisé dans les produits en générique contre les MST et le SIDA. A la question posée de savoir l’origine de leur marchandise, il répond évasivement « c’est les biafrais. Non ? » comme pour marquer son étonnement et que pareille question fut posée. En effet, c’est une évidence dans la ville que ce type de commerce est leur monopole et, ni les campagnes de santé publique initiées par les pouvoirs publics aux fins de décourager cette activité reputée « dangereuse » pour la santé, ni les multiples assauts de forces de l’ordre n’ont pu arrêter ce commerce illicite qui progresse paradoxalement, comme on peut le voir avec la démultiplication dans la ville de Douala des points de vente des produits pharmaceutiques illicites issus de cette contrebande.
« Au « GAZON », nous lance péremptoire un client, on trouve tous les produits qu’on veut, contrairement aux pharmacies qui sont toujours foirées… En plus ils dérangent avec leurs histoires d’ordonnance. Parfois, ils ont le produit demandé, mais ils refusent de vous le vendre parce que c’est un produit de la catégorie A…Vraiment ces gens dérangent … Ici au « GAZON », le gars te donne ce que tu veux et te dit comment prendre ton médicament et ça marche !!!… Vraiment sans les « Biafrais », on serait déjà tous morts ici…Est-ce que vous savez que même les docteurs (personnel subalterne des hôpitaux en particulier) viennent acheter les trucs ici pour les revendre aux malades ? ».
Mais un débat subsiste au sujet de l’efficacité de ces médicaments en provenance du Nigeria. En effet, des évènements tragiques ont lieu à la suite de leur consommation, comme la prise d’un vermifuge « made in Nigeria » qui provoqua le décès de 3 enfants à Bertoua (Est-Cameroun) Des médécins-biologistes et de manière générale les autorités, attestent également de la « dangerosité » de ces médicaments ; mais en vain, puisque le pouvoir d’achat des populations ne leur permet pas de se rendre dans les Centres de santé officiels où les médicaments sont à coup sûr hors de leur portée. Ce qui semble plus vrai, c’est que certains de ces médicaments « Biafrais » sont importés d’Inde et du Brésil et seulement ensuite réexportés vers Douala. Mais, lorsque cette gamme de produits fabriqués en Inde ou au Brésil se retrouve fort curieusement dans les services hospitaliers publics sous la même forme de produits génériques, on ne peut être que sceptique face aux allégations officielles, au sujet de ces produits systématiquement étiquetés de « biafrais » donc « mauvais » et « dangereux ».
Au demeurant, le plus important ici et que nous souhaitions montrer, c’est que les représentations des populations locales sur ce sujet sont imperturbables, et tendent à magnifier l’importance d’une communauté de réfugiés qui, peu ou prou trouve, des solutions concrètes (même si on peut penser qu’elles sont d’une efficacité relative) à certains de leurs problèmes quotidiens. La même analyse peut être faite dans le domaine de pièces détachées d’automobiles, de pièces électroniques, de produits cosmétiques, de produits alimentaires de première nécessité comme le poisson fumé, les écrevisses etc…où les réfugiés IGBOS résolvent, à partir des positions informelles les problèmes des populations locales. Les prix « très abordables » de leurs produits semblent aussi justifier pareilles représentations dans cette ville.
- – Les bas prix de produits « biafrais » comme bouée de sauvetage pour les populations locales
Comment faire face à l’inflation des prix dans la ville de Douala et à la diminution corrélative des pouvoirs d’achat ? Les populations locales ont, dans cette perspective, répondu spontanément à cette question par l’inscription de leurs habitudes de consommations dans les produits « Biafrais », ou encore « la BABA ». Leur caractéristique principale est qu’il s’agit de produits d’imitation, fabriqués pour la plupart dans les forges d’Owerri, d’Aba, d’Imo et donc la fiabilité douteuse est de notoriété publique. Les personnes interrogées sur leur usage expliquent d’ailleurs qu’elles sont bien informées de la mauvaise qualité de ces produits, mais ne peuvent s’en passer à cause des prix « trop élevés » des produits dits « d’origine » présents sur le marché. L’exemple le plus marquant est la consommation généralisée à Douala, de l’essence de mauvaise qualité appelée « zoua-zoua » ou encore « fédéral ». Les dégâts susceptibles d’être causés par ce « zoua zoua » sont connus de tous, mais sont passés outre à cause de leur prix bas et « abordables » pour les populations locales. En 1990, un litre de « zoua-zoua » issu de la contrebande coûtait 150 CFA alors que celui vendu dans les stations coûtait 350 CFA. La marge entre l’essence d’origine et l’essence en provenance du Nigeria était d’environ 200 CFA. Une marge bien trop importante pour obliger les « vulnérables » populations locales à vivre selon leur niveau de vie, c’est-à-dire à s’accommoder des produits « biafrais » dans leur quotidien. Autre indice de cette accommodation aux mauvais produits « biafrais » mais bon marché, la consommation de gammes entières de produits cosmétiques fortement douteux, mais qui peu ou prou, résolvent les problèmes des ménages locaux. La comparaison ci-dessous dressée entre produits dits « d’origine » et ceux dits « biafrais » permet de se faire une idée sur la disparité des prix et permet de comprendre la tendance pour les citadins appauvris à consommer « biafrais ».
Intervalles des prix entre produits cosmétiques « originaux » et « imitations » nigérianes sur le marché local.
NATURE PRODUITS
PRIX PRODUITS D’ORIGINE
PRIX PRODUITS IMITATION
KLORANE
10.000 CFA
5.500CFA
DIADERMINE
5.000 - 6.000 CFA
3.200
PERFECT BALANCE
15.000 - 20.000 CFA
4.000- 4.500 CFA
NEW AGE
15.000 - 20.000 CFA
4.000- 4.500 CFA
HALOG
3.500- 4.000 CFA
2.500 CFA
CHANEL N°5
35.000 CFA
5.000 CFA
HERMES
35.000 CFA
5.000 CFA
SAMSARA
25.000 CFA
4.000 CFA
CARIBU
1.500CFA
700 - 600 CFA
KLORANE
3.000 CFA
2000- 2.500 CFA
PHARMAPUR
1.000 CFA
600 CFA
ISLAND BEAUTY
4.000 CFA
2.500 CFA
SELSUN
2.950 CFA
1.800 CFA
PALMOLIVE
2.500
1.500
TIMOTEI
2.500
1.500
DARK AND LOVELY
10.000- 8.000
4.500
JUST FOR ME
10.000 –8.000
5.000
GLYCERINE DEMEL
1.900
1.300
GLYCERINE COOPER
1.900
1.300
TCB
2.500
1.200
MORGANS
3.000
1.400
GREFFES
25.000
10.000-5.000
FLUOCARIL
3.000
2.300
ELGYDIUM
3.000
2.300
COLGATE
1.000
700
KLORANE
3.000
2.300-2.500
EXOFENE
3.000
2.300
FAUSSES ONGLES
10.000
500-450-300
CONCLUSION :
Un des phénomènes les plus remarquables de la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne pour ces 20 dernières années est la faible réponse des secteurs formels aux stimulants macro-économiques offerts par les différents programmes d’ajustement structurels. Ce nouveau règne de l’informalité dans le paysage socio-économique des pays africains n’est pourtant pas uniquement le fait des agents économiques nationaux. Dans certains cas de figures comme Douala, il semble même faire entrevoir leur absence, aux profits d’agents économiques étrangers. Le constat du dynamisme des réfugiés IGBOS à Douala nous amène à valider l’hypothèse de l’importance d’une migration forcée comme vecteur d’amélioration des conditions de vie, aussi bien pour eux-même que pour les populations locales. On est ici bien loin de l’image de réfugiés demandeurs d’asiles, ou de réfugiés quémandeurs d’aide comme cela est très souvent le cas ailleurs…