CODESRIA
10ème ASSEMBLEE GENERALE
Joachim
Emmanuel Goma Thethet
Département
d’Histoire
Faculté
des Lettres et des Sciences Humaines
(Université
Marien Ngouabi de Brazzaville)
B.P.
1846
Brazzaville
(Congo)
e-mail :gomathethet@yahoo.fr
Tél :
(242) 26 70 40
INTRODUCTION
Comparativement aux autres continents (Europe, Amérique et Asie), l’Afrique est entrée dans le troisième millénaire handicapée par plusieurs siècles de relations inégalitaires avec l’occident, de domination coloniale et d’absence de bonne gouvernance, de démocratie et de respect des droits de l’homme de la période post-coloniale (précisement avant les récents processus de démocratisation). Le grand défi qui se présente aujourd’hui aux Africains (chercheurs et intellectuels notamment), et aux amis de l’Afrique est de trouver une nouvelle stratégie pour l’Afrique. Une stratégie globale et efficace à même de conduire le continent à son développement social, à son indépendance économique, à son renouveau culturel et spirituel, bref à sa libération véritable de la main mise étrangère.
La construction d’une Afrique du troisième millénaire devra, non seulement se fonder sur des bases claires à partir d’une perspective panafricaine, mais surtout pouvoir mobiliser à la fois les peuples africaines et sa diaspora. Cette diaspora est constituée d’une part par des populations d’ascendance africaine vivant aux Amériques et d’autre part par des Africains de l’émigration récente. La diaspora devra être mise à contribution afin de faciliter la mobilisation des ressources humaines et financières nécessaires au relèvement de ce grand défi.
L’objectif de cette communication qui s’appuie sur les deux derniers siècles de l’histoire de l’Afrique et de sa diaspora, est donc de rechercher et d’indiquer le rôle que les Africains de la diaspora pourraient être amenés à jouer dans l’Afrique du troisième millénaire, afin de contribuer à la constitution d’une puissante économie politique africaine. Mais avant d’arriver à ce point, il conviendrait d’abord de définir pour les besoins de clarté méthodologique les concepts diaspora, panafricanisme et unité africaine. Ensuite, il sera loisible d’indiquer les rapports qui ont été établis entre les Africains et la diaspora africaine en Amérique depuis le XIXe siècle (siècle de l’abolition de la traite des noirs).
Lorsqu’on aborde la question de l’unité politique de l’Afrique, on fait généralement référence en ce qui concerne ses fondements au mouvement panafricaniste né chez les populations d’ascendance africaine en Amérique désignées souvent par le terme, diaspora. Ainsi, unité africaine, panafricanisme et diaspora apparaissent comme intimement liés. Le sont-ils réellement ? Nous allons y répondre en essayant de les définir tour à tour.
I. La diaspora
L’un des événements majeurs de l’histoire de l’Afrique et de celle du reste du monde a été la migration forcée des Africains vers les Amériques et le Moyen Orient par la traite des esclaves pendant plus de trois siècles. W.E.B. Dubois estime à 15 millions le nombre d’individus qui ont été ainsi transplantés en Amérique. D'autres chercheurs avancent le chiffre de 100 millions1. Joseph E. Inikori estimait en 1979 qu’il fallait attendre encore dix ans ou davantage avant de pouvoir obtenir un chiffre global pour l’ensemble du trafic transsaharien et transatlantique ². Ce nombre a abouti à l’installation dans les Amériques et au Moyen Orient de Communautés africaines. Ces populations d’ascendance africaine constituent aujourd’hui le pan essentiel de la diaspora africaine. Que signifie réellement ce terme ? Le terme d’origine grecque s’appliquait à l’origine à la diaspora de la communauté juive à travers le monde ; les juifs quittaient Israël soit pour fonder d’autres communautés dans le monde méditerranéen, soit pour échapper aux persécutions. Aujourd’hui le terme diaspora s’applique aux communautés dont les membres résident en dehors de la mère-patrie. La diaspora africaine comprend d’une part les populations d’ascendance africaine vivant aux Amériques (Etats-Unis, Canada, Amérique Latine) au Moyen-Orient et d’autre part les Africains de l’émigration récente en Europe. Aux Etats-Unis, on denombrait en 1990, 31,1 millions d’Africains-Américains3. Selon les prévisions démographiques de 2010, ils seront 35 millions 4. Quant aux Africains installés en Europe, le nombre ne cesse d’augmenter d’année en année. En France, le nombre d’Africains, toutes nationalités confondues était estimé à 1.573.820 personnes en 1982 (dont 157380 d’Afrique noire) 5. Les raisons de l’installation de ces Africains en Europe sont diverses (historiques, économiques, culturelles, professionnelles, etc.). Nombre de grands musiciens africains ont choisi de vivre en Europe (et de nombreux footballeurs africains font une prestigieuse carrière dans les championnats européens. Cet échantillon de la diaspora africaine en Europe a un impact considérable aussi bien en Afrique que dans le continent d’adoption. Nous reviendrons dans la dernière partie de notre étude sur cet aspect.
II. L’unité africaine et le panafricanisme : quel lien ?
Quel lien existe t-il entre les concepts « Unité africaine » et panafricanisme » ? L’Unité de l’Afrique matérialisée par la naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A) descend-elle en droite ligne du mouvement panafricaniste né aux Etats-Unis au sein de la diaspora ? Une revue de la littérature relative à ces deux notions fait ressortir chez la plupart des chercheurs ce que Marc-Louis Ropivia appelle une consubstantialité entre unité africaine et panafricanisme (Ropivia 1994 :54). Cette consubstantialité se traduit malheureusement dans la plupart des travaux par l’influence unilinéaire de la diaspora vers l’Afrique. Autrement dit l’unité politique de l’Afrique a pour fondement un courant d’idées d’origine externe au continent : le panafricanisme né dans la diaspora. Ropivia s’inscrit en faux à cette conception. Pour lui l’unité africaine n’est pas un « héritage conceptuel negro-américain avec ses pères fondateurs : Garvey, Dubois, Sylvester William, etc. » 6. Il rejoint en pratique Slimane Chikh et Philippe Lucas pour qui l’unité de l’Afrique n’est pas le panafricanisme et l’Afrique de Nkumah n’est pas celle dont parle Dubois7. Le chercheur gabonais privilégie donc une dynamique interne relevant de mouvements et de luttes endogènes de l’Afrique noire ; Il écarte toute idée d’une diaspora inspiratrice d’un continent recevant passivement.
Malgré les positions émotionnelles que peuvent soulever chez les uns et les autres le débat sur les relations entre ces concepts, il convient de souligner qu’il existe, depuis au moins le XIXe siècle, une interaction entre les Africains du continent et ceux de la diaspora. Les relations historiques entre les deux ont survécu à la traite esclavagiste et se sont poursuivies tout au long du XXIe siècle. C’est ce que Nkumah exprime en ces termes : « N’oublions jamais qu’ils [ Les noirs de la diaspora] sont des nôtres. Ces fils et ces filles d’Afrique, arrachés à nos rives, n’ont pas oublié les liens qui les rattachent au pays de leurs ancêtres [ ….] Bien avant que beaucoup d’entre nous n’aient seulement pris conscience de notre abaissement, ces hommes combattaient pour l’égalité des nations et des races en Afrique [ …] . Aujourd’hui, nous autres, Africains, sommes en marche vers l’émancipation complète : notre indépendance devrait les aider dans une large mesure à obtenir la complète reconnaissance de leurs droits et de leur dignité en tant que citoyens de leur pays » 8.
Le concept qui est apparu pour la première fois en 1900 (année où Sylvester William convoqua à Westminster Hall à Londres la Conférence destinée à protester contre l’accaparement des terres ancestrales africaines par l’expansion coloniale) n’a cessé d’évoluer avec le temps. Cette évolution est inséparable des foyers de naissance et d’expansion du panafricanisme (Les Etats-Unis, l’Europe et l’Afrique) et de l’environnement international dans lequel vit chaque segment de la communauté africaine du monde. Le mouvement panafricaniste a d’abord pris corps dans la diaspora africaine d’Amérique qui luttait contre les affres de la ségrégation raciale après l’émancipation des anciens esclaves. Du fait de cette situation spécifique, le panafricanisme est apparu à son origine comme l’idéologie porte étandard de la lutte pour le rétablissement de la dignité de la race noire (Demba M. Dembélé 1998). Saint Clair Drake qualifie ce panafricanisme, prédominant chez les premiers partisans du panafricanisme, de panafricanisme racial.
Aux XXe siècle, notamment après la Première Guerre mondiale, pendant les négociations du traité de Versailles et la formation de la Société des Nations, le panafricanisme a été le porte voix de l’Afrique colonisée. Ce sont en effet les Africains-Américains qui ont défendu l’Afrique incapable alors de parler en son nom. Au lendemain des indépendances, le panafricanisme a servi de fil conducteur à des générations d’intellectuels,
C’est au cours de cette période que le panafricanisme s’est centré sur l’Afrique voulant réaliser avant tout l’unité du continent africain. Ce second type de panafricanisme essentiellement continental a conduit à la création de l’Organisation de l’unité Africaine (OUA). Il vise donc l’unité de l’Afrique entière, du nord au sud, sans distinction de race. En résumé, on peut donc distinguer un panafricanisme racial qui s’est exprimé chez les premiers nationalistes africains, et un panafricanisme continental qui veut l’unité du continent. On peut distinguer en outre une panafricanisme politique et panafricanisme culturel. Ce dernier s’exprime à travers des manifestations culturelles rassemblant l’Afrique et sa diaspora (Festival des arts nègres de Dakar de 1966, Festival de Lagos, etc.). Aujourd’hui l’environnement international qui avait engendré le panafricanisme ayant changé, celui-ci doit s’adapter pour faire face aux grands défis auxquels se heurte l’Afrique. il s’agit donc de redéfinir le projet du panafricanisme et de voir que rôle doit y jouer la diaspora. C’est l’objet de la dernière partie de cette étude.
Du XIXe siècle à maintenant, les Africains et les Africains-Américains ont entretenu de multiples rapports. Ces rapports, selon les époques considérées, n’ont pas été les mêmes. De la période abolitionniste à aujourd’hui, on peut envisager cinq sortes d’actions menées des uns vers les autres : le mouvement du retour en Afrique ; l’évangélisation de l’Afrique par les missionnaires Africains-Américains ; la contribution des universités africaines-américaines à l’éducation des Africains ; l’action des intellectuels Africains-Américains en direction de l’Afrique ; l’action de l’Eglise Kimbanguiste dans la perspective du retour des Africains-Américains.
Au lendemain de l’abolition de l’esclavage des Africains en Amérique, la situation de ces derniers s’était aggravée du fait d’une discrimination légale et de leur exclusion socio-économique. Blancs libéraux, Blancs racistes et Noirs à la recherche de la quiétude envisagèrent tous à leur manière des solutions pour régler ce qu’on appelait déjà la « question des Noirs ». Le rapatriement en Afrique des Noirs fut l’une de ces solutions.
Les Quakers avaient proposé un programme de rapatriement des Noirs libres des 1713. Mais c’est à un commerçant noir Paul Cuffee que l’on doit le premier transport de 38 Africains-Américains en Sierra Léone en 1815. En 1816 fut créée l’American colonizing society (ACS). Ladite société transporta au XIXe siècle quelque 16.000 Africains-Américains et créa le Libéria.
Ce mouvement de rapatriement ne connut pas un grand succès car d’une part il ne mobilisa pas les moyens de transport comparables à ceux qui avaient emmené les esclaves en Amérique. D’autres part, il ne trouvait pas un écho favorable auprès de nombreux Africains-Américains qui le qualifiaient de solution blanche au problème racial américain, de moyen de débarrasser la nation américaine des Noirs. La Guerre Civile freina l’émigration des Africains. Américains, et l’idée même s’estompa graduellement vers la fin du XIXe siècle.
C’est le Jamaicain Marcus Garvey qui ralluma la flamme du retour en Afrique au début du XXe siècle. Il créa en 1914 l’Universal Negro Improvement association (UNIA), association destinée à transformer positivement la situation des Noirs de la planète. Dans son programme l’UNIA préconisa la création de structures économiques, d’enseignement et de formation, d’une flotte (la Black Star) pour le commerce entre les Noirs d’Afrique et ceux d’Amérique et surtout la constitution d’une puissante nation en Afrique. Il choisit le Liberia comme pays appelé à jouer ce rôle de fer de lance du développement de l’Afrique. Il entendait y installer en deux ans, à partir de 1924, de 20000 à 30000 familles. La délégation qu’il envoya au Liberia étudier avec les autorités locales la faisabilité du projet fut par la suite arrêtée et expulsée ; les matériaux de construction et les marchandises furent confisqués. Cet acte condamna à l’échec le plan de rapatriement de Marcus Garvey.
II. Les missionnaires Africains-Américains et l’évangélisation de l’Afrique
Les missionnaires Africains-Américains jouèrent un rôle dont il convient de souligner l’importance dans la prise de conscience à venir des Africains. C’est en 1770 que Samuel Hopkins de la First Congregation Church de Newport (Rhode Island) élabora le projet d’envoi de missionnaires Africains-Américains en Afrique. Il s’agissait pour ce dernier d’aider à civiliser les Africains en les évangélisant, d’apporter le christianisme par les Africains-Américains « civilisés » au contact de l’homme blanc aux frères Africains « païens » 9. Hopkins mourut avant que ne se réalisât son projet. Le premier missionnaire Africain-Américain à fouler le sol africain fut Daniel Coker en 1820. Il arriva en même temps que la Société américaine de colonisation. C’est lui qui au Libéria, fonda la branche africaine de l’Eglise méthodique épiscopale africaine.
La situation d’exclus avait conduit les Africain-Américain à fonder des églises indépendantes de celles des Blancs. En 1787, à Philadelphie, Richard Allen et ses disciples fondèrent la Free African, Society, celle-ci donna naissance à deux branches : l’Eglise épiscopale d’Absalom Jones affiliée au culte épiscopal protestant blanc et l’Eglise méthodiste épiscopale africaine en rupture complète avec l’Eglise blanche. L’Eglise méthodiste épiscopale africaine devenait ainsi la première église indépendante des Africains-Américains. En 1816 à la suite d’une conférence générale qui structura officiellement l’Eglise, Richard Allen fut élu premier évêque noir d’Amérique.
En 1796 pour les mêmes raisons, une seconde église indépendante apparut à New-York. Les méthodistes Africains-Américains prirent la dénomination d’Eglise méthodiste épiscopale de Zion. Ces deux églises après la guerre civile jouèrent un rôle important dans l’éducation et l’instruction des Africains-Américains.
L’action des deux Eglises noires vis-à-vis de l’Afrique fut marquée par l’envoi de missionnaires. Des branches de ces deux Eglises furent fondées au Liberia, en Sierra-Léone,
au Ghana, au Nigeria et même en Afrique du Sud. Leur rôle ne se limita pas seulement à la christianisation des Africains. Il fut surtout important dans la prise de conscience des Africains par rapport à leur situation de dominés. C’est à l’Eglise méthodiste épiscopale africaine que l’on doit le fameux slogan de « l’Afrique aux Africains ». Ce slogan témoigne non seulement d’une prise de conscience de la situation socio-politique de l’Afrique mais aussi de l’émergence des idées panafricaines.Il ne faut pas oublier que ces Eglises sont présentes non seulement en Afrique et aux Etats-Unis mais aussi aux Antilles (Jamaïque, Trinidad, Barbade etc.). Il existe d’autre part des contacts fréquents entre les différents ministres d’Eglise des zones citées. Ceci donne déjà à ces Eglises noires un caractère panafricain.
L’Eglise méthodiste épiscopale africaine après avoir longtemps identifié son action avec le Libéria, va aider les Eglises noires indépendantes qui apparaissent en Afrique du Sud vers les dernières décennies du XIXème siècle. La politique discriminatoire menée par les Blancs dans cette région avait conduit à la naissance d’une première Eglise Ethiopienne (Ethiopian church). C’est de cette Eglise que le mouvement religieux appelé Ethiopisme tire son nom 10. En adoptant le nom d’Ethiopie, « la nouvelle Eglise se rattachait directement au temps de la tradition chrétienne biblique excluant la filiation par l’occident, manifestant un christianisme africain et non une importation étrangère » 11. La référence à l’histoire que l’on note chez les leaders religieux Africains et Afro-américains sera présente chez l’ensemble des leaders panafricains au XXème siècle. Le Jamaïcain Marcus Garvey fera la symbiose entre l’action politique et l’action religieuse.
L’Eglise éthiopienne bénéficie de l’aide active des Eglises africaines-américaines. La rupture avec les Eglises européennes est le point de départ d’une rupture plus large à venir, celle qui va permettre à la race noire de s’affirmer. l’action est en définitive panafricaine. La contestation n’est pas uniquement religieuse, elle est en dernière analyse politique et globale.
L’Ethiopisme, malgré ses scissions est apparu comme la seule forme de lutte dans une région où la christianisation avait été intensive et où les causes de transformations sociales et économiques ont été les plus efficaces. L’Ethiopisme, comme le reste des mouvements religieux africains (Kimbanguisme au Congo belge, le Harrisme en Côte d’Ivoire …), s’est créé par sécession à partir des missions chrétiennes européennes. Il a été en même temps une recherche d’africanité, une lutte contre une politique étrangère. L’annonce d’une ère nouvelle est déjà l’amorce d’une tentative de réorganisation sociale. Phénomène urbain, l’Ethiopisme s’est développé là où les contradictions entre populations africaines et minorité européenne dominante ont été les plus exacerbées. Tout comme les Eglises noires indépendantes des Etats-Unis étaient le centre de vie des Africains-Américains, les Eglises indépendantes d’Afrique du Sud ont été les centres d’où sont sortis les premiers cadres du mouvement nationaliste.
De 1820 à 1980, quelque 300 Africains-Américains ont travaillé comme missionnaires dans le pays de leurs ancêtres 12.
III. La contribution des universités africaines-américaines à l’éducation des Africains
Malgré les handicaps liés au système ségrégationniste dans lequel ils vivaient, les Africains-Américains ont marqué de leur empreinte la culture et la vie quotidienne de leurs sociétés respectives.
Ils ont surtout créé des structures prospères comme des établissements d’enseignement. Les portes de nombreux collèges universitaires africains-américains ont été ouverts aux étudiants Africains. Beaucoup de ces étudiants ont souvent bénéficié du soutien des Eglises protestantes nées sur le continent grâce à l’action missionnaire des Africains-Américains. Cette présence d’étudiants Africains va renforcer les liens entre les deux communautés. Parmi les nombreux étudiants formés dans ces universités on peut citer les noms de personnalités qui ont joué un rôle de premier plan dans l’histoire politique récente du continent : Azikiwé, Nkumah, Banda, Sitholé, Edouardo Mondlane, Aggrey.
IV. L’action des intellectuels Africains-Américains en direction de l’Afrique
Quatre personnalités africaines de la diaspora ont exercé une influence non considérable sur l’évolution politique des premières élites africaines. Il s’agit de Booker T. Washington, de William Edward Burghardt Dubois, Marcus Garvey et Aimé Césaire.
1. Booker T. Washington
Né en 1856 et mort en 1915, Booker T. Washington a été le premier leader noir reconnu à l’échelle nationale américaine par les dirigeants américains. Il voulait trouver une solution du problème noir aux Etats-Unis par l’éducation. Dès 1881, il créa à Tuskegee en plein sud, un institut pour l’éducation des Noirs ; celui-ci était une sorte d’école supérieure technique. Ne bénéficiant que d’une aide insignifiante de l’Etat pour accomplir son œuvre (2000 dollars par an), il dut compter sur ses propres forces et sur le sacrifice de certains Africains qui acceptaient d’enseigner à l’institut. Au printemps 1912, Washigton organisa à Tuskegee la conférence internationale sur le Noir. Parmi les participants à cette conférence panafricaniste on nota des délégués de la Gold Coast, du Libéria, du Nigeria, de l’Afrique orientale britannique, du Rwanda et de l’Afrique du Sud. En organisant des rencontres entre Africains-Américains et Africains à Tuskegee, Washigton a insufflé aux Africains « l’esprit de Tuskegee ». John Dube et D.D T. Jabavu sont parmi les Africains les mieux connus qui revenus sur le continent ont mis en application l’expérience acquise auprès de Washigton. Dès 1899, Dube avait créé en Afrique du Sud, sur le modèle de Tuskegee, un institut. Il faut ajouter au crédit des idées panafricanistes de Washington que chaque année son institut organisait une série d’épreuves de fin d’études appelées « exercices d’éloquence africaine ». Ces exercices portaient sur des questions en rapport avec le développement de l’Afrique ou d’autres aspects de la vie du continent.
2. W.E.B. Dubois
Des quatre personnalités de la diaspora précitées, Dubois est sûrement celle qui aura marqué de son empreinte le mouvement panafricaniste pour avoir non seulement pris à bras le corps les problèmes de l’Afrique et de sa diaspora mais surtout pour avoir vécu en Afrique une partie de sa vie. Brillant universitaire, l’œuvre de Dubois embrasse l’essentiel des problèmes de l’homme noir, mais c’est sûrement l’organisation des cinq principaux congrès panafricains qui le rendit plus célèbre. Ces congrès ont aidé à clarifier progressivement les idées du panafricanisme et à le transformer en une philosophie politique qui a guidé l’action anticolonialiste des Africains comme Nkumah, Azikiwé, Nyéréré et d’autres.
A l’opposé de Garvey qui préconisait le retour en Afrique des Africains-Américains, Dubois propose l’Afrique aux Africains c’est-à-dire aider les Africains à s’émanciper de la tutelle coloniale sous leur propre direction. Dubois est le premier leader Africain-Américain, comme le souligne Padmore, à se rendre compte de l’importance des mouvements de libération anti coloniale en tant que partie de la lutte des peuples d’Asie et d’Afrique, et aussi de la nécessité d’une coopération entre Africains de naissance et les peuples d’ascendance africaine.
George Padmore, considéré comme le premier historien du panafricanisme, a retracé dans son ouvrage le déroulement des cinq congrès panafricains tenus sous la direction de Dubois. Le Ve congrès tenu à Manchester en octobre 1945 adopta une déclaration adressée aux puissances coloniales qui exigeait pour l’Afrique l’autonomie et l’indépendance. Véritable défi, la déclaration indiquait entre autres l’attitude qu’adopteraient désormais les Africains en ces termes : « nous n’avons pas honte d’avoir été un peuple qui a patienté pendant des âges. Nous continuons volontiers de faire des sacrifices et des efforts. Mais nous nous refusons à être affamés plus longtemps pendant que nous accomplissons le travail ingrat du monde en vue de soutenir par notre pauvreté et notre ignorance une fausse aristocratie et un impérialisme mis au rancart » 13.
3. Marcus Garvey
Marcus Garvey dont mention a été déjà faite plus haut est le plus populaire des leaders de la diaspora surgis au lendemain de la Première Guerre mondiale. Ce Jamaïcain immigré aux Etats-Unis a réussi a y créér entre 1920 et 1924 un des plus vastes mouvements qu’ait connu le monde de noir. L’universal Negro Improvement Association (UNIA). De 1920 à 1938, l’UNIA tint huit conventions : les cinq premières furent organisées à New York en août de chaque année de 1920 à 1924 ; la sixième et la septième en Jamaïque respectivement en 1929 et 1934. La huitième et dernière se tint au Canada en 1934. Par son programme d’actions fondé autour du rapatriement en Afrique des populations d’ascendance africaine, et de l’unification de tous les peuples noirs dispersés dans le monde, l’UNIA inquiéta les puissances coloniales européennes mais aussi la petite bourgeoisie africaine-américaine. Le message de Garvey eu un grand écho en Afrique ; le mouvement de Simon Kimbangu qui apparaît au Congo Belge en 1921 fut identifié par l’administration coloniale belge comme son émanation14. Garvey a influencé des leaders nationalistes comme Nkumah, Azikiwe et Kenyatta. Nkumah était certes très poche des thèses panafricanistes de WEB Dubois, mais c’est à Garvey qu’il emprunta les éléments symboliques de son action : le « black star » de Garvey devient à la fois l’emblème national, le nom de l’équipe de foot-ball et de la compagnie nationale de navigation.
4. Aimé Césaire
Vers la fin des années 1930, la conjonction des Congrès panafricains avec l’enthousiasme apparu à la suite de la renaissance d’Harlem donna naissance à un mouvement de renouveau culturel tourné vers l’Afrique. Ce mouvement a connu une fortune particulière en Europe sous l’impulsion d’intellectuels Africains et Antillais résidant en France.
La rencontre entre l’Antillais Aimé Césaire, auteur en 1939 de cahier d’un retour au pays natal, et l’Africain Léopold Sédar Senghor donna naissance au mouvement de la négritude. La négritude ainsi que d’autres mouvements culturels animés par les Noirs de la diaspora constituent le volet culturel du panafricanisme.
Le panafricanisme culturel s’est matérialisé avec l’organisation de festivals (comme celui des arts nègres de Dakar et celui de Lagos) auxquels ont participé les Africains du continent et de la diaspora. C’est l’occasion d’indiquer que les valeurs culturelles de l’Afrique ont soit persisté, à divers degrés dans des pays comme Haïti, le Brésil, Cuba, soit ont connu un processus de mutation aux Etats-Unis, aux Antilles et ailleurs.
V. L’action de l’Eglise Kimbanguiste en vue du retour progressif des Africains-Américains en Afrique
Qui sont ces Kimbanguistes vers lesquels les Africains-Américains se retournent de plus en plus 15 ?
L’Eglise Kimbanguiste officiellement dénommée « l’Eglise de Jésus Christ sur la terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu » est née le 24 décembre 1959 au Congo belge. Elle qui revendiquait déjà en 1984 cinq millions de membres répartis au Zaïre (RDC actuel), au Congo Brazzaville, en Angola, en Zambie, au Burundi, en République Centrafricaine, au Kenya, en Belgique et en France, a été sans conteste au XXe siècle comme le dit son premier chef spirituel Joseph Diangienda Kuntima « un des faits marquants du christianisme en Afrique Centrale » 16. Elle est en effet la première Eglise autochtone devenue en 1969 membre du conseil œcuménique des Eglises ; elle est financièrement indépendante et se caractérise par un sens profond de solidarité qui lie ses membres comme dans l’Eglise primitive. Née pourtant dans un contexte socio-économique et politique particulier, l’Eglise Kimbanguiste a transcendé l’histoire ; elle se veut aujourd’hui universaliste.
Le Kimbanguiste qui tire son nom de Simon Kimbangu, se définit comme le « christianisme résultant de l’ensemble des actions et des enseignements de Simon Kimbangu »17. Celui-ci est né le 12 septembre 1887 à Nkamba dans la région actuelle du Bas Congo en République Démocratique du Congo. Evangélisé par les missionnaires protestants baptistes qui s’étaient installés dans la région, il devint par la suite catéchiste. Le 6 avril 1921 alors qu’il est dans le village de Ngombe-Kinsuka, le Christ lui apparut et lui ordonna d’aller guérir une femme qui, agonisait. La guérison de cette femme est le point de départ de sa mission religieuse sur terre.
C’est donc au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans ce territoire colonial belge frappé par une grave crise économique que surgit Simon Kimbangu comme prophète d’une nouvelle religion. Celle-ci attire de milliers de personnes de toutes conditions à travers le Bas-Congo et à Léopoldville. La nouvelle religion professe la moralisation de la société corrompue par les mœurs décadentes de la colonisation : le tabac, l’alcool, les danses, le vol, l’adultère. Le discours du prophète est dans un premier temps appropriation de l’histoire et de la géographie chrétiennes : Dieu et les anges sont noirs ; Jésus Christ est noir, il est né à Nkamba, le village du prophète, devenu la nouvelle Jérusalem. Dans un second temps il quitte le terrain typiquement religieux pour embraser le terrain politique.
Simon Kimbangu vilipende les exactions coloniales (impôt de capitation, travaux forcés, nombreuses atteintes à la dignité de l’homme noir). L’administration belge et les missionnaires catholiques l’accusent d’inciter ses compatriotes à abandonner le travail et à être xénophobes. Arrêté le 12 septembre 1921, Simon Kimbangu fut jugé et condamné à mort au cours d’un procès qualifié de parodie de justice.
La peine fut commuée en détention à perpétuité. Déporté à Elisabethville (Lubumbashi actuel), Kimbangu y mourut après 30 ans de captivité. Son corps repose actuellement à Nkamba. Nombreux de ses adeptes furent arrêtés, déportés ou relégués hors de leurs region natales18. Jusqu’en 1959, l’Eglise a vécu dans la clandestinité autour de Marie Muilu, épouse de Simon Kimbangu et de quelques fidèles. C’est Joseph Diangienda Kuntima le benjamin des trois fils du prophète qui a structuré l’Eglise et lui a permis par ses multiples voyages à travers le monde d’être connue. A la mort de ce dernier en 1992, c’est Salomon Dialungana Kiangani, le second fils de Simon Kimbangu qui a pris la tête de l’Eglise jusqu’à sa mort en août 2001. L’actuel chef spirituel, Simon Kimbangu Kiangani est le fils de ce dernier.
Pourquoi les Kimbanguistes s’intéressent particulièrement aux Africains-Américains ? L’Eglise Kimbanguiste aime à rappeler deux prophéties majeures faites par Simon Kimbangu avant sa détention. La première se rapporte à l’indépendance du Congo belge et la seconde au retour en terre africaine et précisément à Nkamba des Noirs de la diaspora.
Un peu partout en Europe et aux Etas-Unis, ce sont les étudiants Kimbanguistes qui ont été les premier agents de propagation de Kimbanguisme. C’est par la suite, que des pasteurs Kimbanguistes ont été affectés dans les villes européennes ou des USA où le nombre des fidèles était devenu important. Le fait que la théologie Kimbanguiste rappelle celle de l’Eglise primitive, et que le Kimbanguisme soit une Eglise chrétienne africaine essentiellement dirigée par des Africains, ont indubitablement poussé ceux des Africains-Américains à la recherche soit de leurs racines ou d’une nouvelle spiritualité, à se retourner vers cette Eglise. Le relais a été pris par les Africains-Américains qui se sont rendus à Nkamba. Ce sont eux qui ont révélé aux autres les bienfaits qu’ils ont tirés de leur séjour en terre Kimbanguiste. Depuis 1999, des délégations d’Africains-Américains participent aux grandes fêtes Kimbanguiste. Le 6 avril 2001, le Docteur Rammona Tascoe fut à la tête d’une délégation d’une dizaine de personnes comprenant entre autres : Michael Morgan chef de l’orchestre symphonique d’Ockland dans l’Etat de Californie, docteur Joyce présidente de l’ordre des médecins de l’Etat de Californie (2000 médecins), d’une journaliste de la célébre chaine de télévision Fox-News. Michael Morgan qui a écouté une cassette de l’orchestre symphonique Kimbanguiste de Kinshasa portée aux USA par le docteur Rammona est venu voir de ses propres yeux ce qu’il considère comme un miracle (sur les 70 musiciens de son orchestre, il n’y a que deux Africains-Américains). Il s’en est suivi un accord de coopération entre son orchestre et celui des Kimbanguistes. Le docteur Joyce a définitivement quitté sa prestigieuse position sociale californienne pour s’installer à Nkamba. Elle a pris en main l’hôpital Kimbanguiste de Nkamba dont elle entend faire un grand centre hospitalier et de recherche en Afrique Centrale.
L’Etat de Californie semble pour l’instant celui dont les relations sont les plus soutenues avec Nkamba. Parmi les Africains-Américains venus de cet Etat on note des médecins, des hommes des arts et du spectacle, des pasteurs. Les hommes d’affaires ne sont pas en reste ;
en avril 2000, George Harris important fermier d’Atlanta conduisit une délégation d’hommes d’affaires.Ces relations sont encore à leurs débuts et on ne saurait présager de leur avenir. Faut il voir dans cet engouement de la diaspora pour le Kimbanguisme, une recherche de spiritualité d’essence africaine et ou la volonté d’investir en la République Démocratique du Congo à partir d’un partenaire qui a montré ses capacités à édifier une œuvre sociale importante grâce à ses propres moyens (écoles, universités, hôpitaux, cliniques, caisses d’épargne et de crédit, moyens de transport en commun, etc.) ?
A notre humble avis, il y a quelque chose de très profond qui appelle les Africains de la diaspora vers le continent. Sinon on ne comprenait pas que le docteur Joyce quitte famille, amis et aisance matérielle pour s’installer à Kamba, ou que cette Africaine-Américaine nommée Farrel Harmon (née le 6 avril 1928 et morte le 18 avril 1986 à Atlanta) ait choisi comme lieu de repos éternel le cimétière de Ngombe-Kinsuka à Nkamba (cf. photo de la tombe en annexe).
C- QUEL ROLE POURRAIT JOUER LA DIASPORA POUR RELEVER LES DEFIS AFRICAINS DU XXIe SIECLE ?
Parmi les solutions qui s’offrent en ce début de siècle au continent africain en vue de sortir de la grave crise dans laquelle l’ont plongée ces quarante dernières années, l’option diaspora nous paraît une piste qui n’a pas encore été suffisamment explorée. Elle pourrait jouer un rôle déterminant dans les nouveaux programmes africains de développement notamment en ce qui concerne les questions de compétences et de l’épargne nécessaires au développement.
L’Afrique est dans une situation paradoxale du point de vue des compétences nécessaires à son développement. Le continent souffre d’une pénurie des cadres de haut niveau, mais dans le même temps dispose à l’extérieur, dans les grands pays industriels du nord, de nombreux cadres hautement qualifiés.
Un rapport de la Commission Economique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA) estimait à la fin des années 1980 que 30% de la main d’œuvre hautement qualifiée avait quitté l’Afrique noire et vivaient principalement dans les pays de la communauté européenne ; chaque ancienne métropole coloniale accueillait les ressortissants de ses anciennes colonies. Les Etats Unis ne sont pas en reste car ils attirent les professions scientifiques et techniques de haut niveau. En 1995 on dénombrait 38.000 scientifiques et ingénieurs originaires d’Afrique noire dans les secteurs américains de recherche et du développement. Pour plus des deux tiers, ceux-ci provenaient de cinq pays : le Nigéria (25%), l’Afrique du Sud (15%), l’Ethiopie, le Ghana et le Kenya(environ 10% chacun). Ce chiffre mineur à l’échelle des USA représentait 5% des effectifs des chercheurs et ingénieurs utilisés dans les mêmes secteurs en Afrique noire (180.000 personnes).
En Europe de l’ouest il y avait au cours de la même période quelques 28.500 chercheurs et ingénieurs. Ces effectifs cumulés donnent un rapport de plus de 20% des effectifs de la population du même type sur le continent.
Cette expatriation des cerveaux est généralement un processus qui débute avec celle des étudiants.
Bon nombre de ceux-ci en fin d’étude restent dans le pays de leur formation ou vont ailleurs. L’Afrique noire est de ce fait la région qui dès les années 1990 avait l’un des taux d’expatriation d’étudiants le plus élevé : 14% contre une moyenne mondiale de 2%.
La fuite de compétences (‘’brain drain’’) ne concerne pas seulement les intellectuels ; il concerne aussi les sportifs, les musiciens et bien d’autres groupes sociaux. Ainsi dans le domaine sportif, au début de la saison 1995-1996, 345 foot-balleurs africains avaient été recensés comme étant sous contrat avec les clubs professionnels européens. Le Nigeria et le
Ghana fournissaient les plus gros contingents d’expatriés avec respectivement 54 et 36 joueurs20. Ainsi lors de la XXe coupe d’Afrique des Nations, le Nigéria, champion en titre aligna une formation exclusivement composée de professionnels expatriés. Les meilleurs foot-balleurs africains évoluent donc en Europe.
Quant à la diaspora africaine-américaine, elle regorge de potentialités de haut niveau que nous n’avons pu dénombrer dans le cadre de cette étude. Mais mises ensemble, ces deux branches de la diaspora constituent une mine importante si non inépuisable de compétences dans laquelle l’Afrique pourrait puiser pour relever ses défis. La grande question est de savoir : comment rendre réalisable cette option ?
L’Afrique du Sud a récemment choisi l’option diaspora, entre autres solutions pour son développement, en créant le réseau SANSA (South Africa Network of Skills Abroad : Réseau Sud-Africain des compétences de l’extérieur). Ce réseau s’est constitué au cours de l’année 1998 à l’initiative de l’Université du Cap et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Son objectif : associer à distance la diaspora intellectuelle sud africaine au développement du pays. Outre l’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya ont eux aussi créé leur réseau de diasporas intellectuelles : l’Association des Nigérians de l’étranger (Association of Nigeria Abroad ANA) et l’Association des Kenyans de l’étranger (Association of Kenyan Abroad-AKA).
L’utilisation de ce capital intellectuel nécessite la résolution d’un certain nombre de préalables qui sont des freins réels à la réinsertion des expatriés ou à l’installation des Africains-Américains. Il y a la question cruciale de institutions de recherche scientifique et technique, d’enseignement supérieur et d’éducation générale, ainsi que les conditions du développement technologique et industriel. Toutes ces questions doivent être vues dans un cadre de développement global axé sur l’épanouissement total de l’homme africain. Tant qu’un minimum de conditions matérielles et psychologiques ne sera pas réussi ; il sera difficile que des Africains ou des Africains-Américains abandonnent leur situation privilégiée en occident pour venir en Afrique fût-ce-t-il au nom du panafricanisme. Il faut donc œuvrer à faire de l’Afrique un espace de démocratie, de libertés, de paix et de sécurité, un espace où la personne humaine est sacrée et où l’initiative privée est garantie.
II. L’option « épargne de la diaspora »
De nombreux projets africains n’ont pu voir leur réalisation faute de financement. Au lieu de se tourner vers des bailleurs de fonds ou d’hypothétiques investisseurs étrangers qui ne s’intéressent qu’aux secteurs jugés rentables, négligeant ceux qui se rapportent au social, l’Afrique devrait voir dans quelle mesure sa diaspora pourrait intervenir. Les économistes devraient étudier comment utiliser l’épargne des communautés africaines de l’extérieure et celui des Africains-Américains pour le développement de l’Afrique.
CONCLUSION
La multiplication de conférence relatives à la situation de l’Afrique montre bien que ce continent est malade, mais en même temps que des efforts sont entrepris par les uns et par les autres pour trouver des solutions pour sa sortie de crise.
Dans un monde de plus en plus orienté vers les grands ensembles, le panafricanisme demeure une option actuelle pour les Africains du continent et ceux de la diaspora. Cette option devrait servir de fil conducteur à la reconstruction de l’Afrique au cours de ce siècle, mais il convient de réactualiser au préalable le projet du panafricanisme comme le suggérait déjà en 1998 Demba Dembélé (Demba M. Dembélé 1998). Nous estimons nécessaire la création de réseaux d’échanges entre l’Afrique et sa diaspora afin de constituer, à l’image d’autres communautés du monde, un puissant lobby et de groupes de pression dans les pays où vivent des membres de la diaspora, afin d’influer sur la politique africaine de ces pays. L’exemple, encore à ses débuts, des relations entre l’Eglise Kimbanguiste et les Africains-Américains montre la possibilité que pourait offrir le renforcement d’un front Afrique-diaspora sur tous les plans. Cette entreprise qui exige cependant beaucoup de doigté pour ne pas décourager les bonnes volontés et surtout un réarmement idéologique et spirituel préalable des Africains du continent et de la diaspora.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES