Le thème choisi pour
l’Institut 2004 est : Le genre dans l’économie domestique.
Les luttes pour
l’égalité sociale entre hommes et femmes demeurent pertinentes pour toute
tentative de compréhension holistique de l’économie, de la société et des
politiques dans l’Afrique contemporaine. Le ménage, en dépit des
changements qu’il a connus au cours des dernières années, constitue le
cadre primaire dans lequel les règles de base de ces luttes se sont
établies – et, de ce fait, il est l’espace principal où l’égalité entre
les sexes et la justice sont revendiquées avec plus ou moins de succès.
C’est le lieu où les relations de pouvoir, inhérentes à la dynamique de
genre dans la société se sont constituées, dotées d’une légitimation
idéologique, institutionnalisées, contestées, corrigées et transformées.
Les préoccupations académiques antérieures sur le ménage, d’un point de
vue genre, ont conduit les chercheurs vers une interrogation ardue de
l’histoire, de la tradition et de la culture ; le mode de construction et
l’exercice du pouvoir patriarcal, l’interface contradictoire entre
patriarcat et matriarcat et à l’intérieur de ces catégories, le cadre de
structuration des opportunités entre fille et garçon ; la division
sexuelle du travail ; les dynamiques de la domesticité ; l’exercice du
pouvoir mâle et de la masculinité, y compris la violence domestique sous
toutes ses formes. Le ménage comme lieu de transactions complexes :
production, échange, socialisation, sentiments et formation identitaire a
aussi été l’objet d’étude.
Plus récemment,
l’émergence et l’augmentation des ménages dirigés par des femmes et
l’importance de ce développement sur le concept de femmes soutien de
familles et des politiques de féminisation a été l’objet d’attention. Le
phénomène des femmes chefs de ménage a initialement été lié aux
conséquences déstabilisatrices du système de travail migrant ;
aujourd’hui, ce phénomène a été renforcé par les ravages de la pandémie du
VIH/SIDA, la vague de conflits violents survenant à travers le continent,
et l’accroissement du nombre de personnes déplacées, développements qui
entrent de plein droit dans l’évolution de l’économie domestique. A tous
les niveaux de l’évolution du ménage, la centralité du travail des femmes
dans sa production et sa reproduction et, en dernier ressort, la
production et la reproduction de l’économie au niveau local, national et
régional n’a jamais été vraiment interrogée. Les économistes du genre ont
essayé de démontrer la fonction déterminante du travail non rémunéré des
femmes – l’importance de ce type de travail est fonction de la
structuration du système domestique – dans les politiques de relations
salariales, dans les types d’habitat urbain, dans la productivité
nationale, dans la compétitivité et dans le commerce extérieur
(transfrontalier).
Les exigences internes
du bien-être du ménage ou de ses membres constituent un élément permanent
dans la structuration de l’économie domestique et dans le rôle central
qu’y jouent les femmes. L’évolution des prérequis de la macro économie à
différentes étapes du processus d’accumulation influencent le ménage pour
produire d’autres formes de demande sur le temps et les ressources des
femmes, ce qui façonnent l’évolution de l’économie domestique. La
structuration du rôle particulier que différentes catégories de femmes
assument dans l’économie domestique est, clairement, fonction de
l’importance de leur position sociale, un fait qui transforme l’arène de
l’économie domestique en un terrain d’équations complexes entremêlant
genre et classe. Dans la période contemporaine, des développements
importants qui ont un impact direct sur l’évolution de l’environnement et
les contours de l’économie domestique incluent les crises économiques
qu’un grand nombre de pays ont connu à partir des années 1980 et qui ont
perduré pendant les deux dernières décennies, les programmes orthodoxes
d’ajustement structurel pilotés par le FMI et la Banque Mondiale et qui
alimentent une dynamique générale de crises, de stagnation et de déclin ;
l’érosion rapide et sa grande portée sur les capacités de l’Etat, y
compris le rôle historique de l’Etat postcolonial dans la provision de
besoins sociaux primaires ; les frontières élargies du chômage, de la
pauvreté et de l’informalisation ; les processus de mondialisation qui ont
créé de nouvelles opportunités et de nouvelles contraintes ; la
marginalisation généralisée de la jeunesse qui est devenue un aspect clé
du terrain politique contemporain africain ; la précarité accrue des
conditions de l’enfant ; et l’émergence et l’institutionnalisation de
différentes stratégies de survie de basse qualité des individus, des
ménages et des communautés qui essaient de contrer les effets des crises
économiques prolongées et de ceux de l’ajustement structurel. Ces
développements ont influencé directement le ménage de manière à forcer des
changements dans la division sexuelle du travail, à créer de nouvelles
pressions dans l’allocation du temps des femmes, catalyser l’émergence de
nouvelles identités de genre, et diriger les femmes vers de nouveaux
groupes d’activités créés pour assurer le bien-être de la famille.
Les participant(e)s à
l’Institut sur le Genre 2004 seront invités à, entre autres, explorer les
différents aspects et dimensions de l’économie domestique du point de vue
de l’évolution des besoins d’entretien et de bien-être de la famille, la
reconstitution de la division du travail au sein du foyer, et la
recomposition des relations homme-femme au moment des retraits massifs de
l’Etat et de sa capacité, le secteur public, l’économie formelle, l’état
sanitaire du citoyen et la stabilité du politique. La masse de questions
conceptuelles, théoriques et méthodologiques découlant de l’économie
domestique grandissante sera explorée par les participants à l’Institut
aussi bien que les facteurs qui découlent de l’évolution de son contexte.
Les contours de base de l’économie domestique seront aussi examinés par
les participants, plus particulièrement la désagrégation des positions
statutaires des différentes catégories d’hommes et de femmes dans la
structure domestique et l’interface de genre et de classe qu’elle crée. De
plus, l’évolution de la composition des relations homme-femme dans le
ménage et au delà, aussi bien que l’interversion des rôles pré-établis
sera étudié du point de vue de la dialectique sur le l’aptitude et
l’inaptitude des femmes. L’économie domestique touche aussi à la question
des services sociaux offerts par l’Etat. L’interface entre les domaines
public et « privé » dans la constitution de l’économie domestique sera
explorée comme partie de l’analyse générale qui sera entreprise sur la
prise de décision publique contemporaine en Afrique. Les défis posés par
les processus de globalisation à l’économie domestique et les opportunités
qu’ils offrent seront également étudiés. L’attente est que les
contributions des participants à l’Institut généreront une importante
contribution africaine à la littérature émergente sur l’économie politique
domestique.
Les
objectifs de l’Institut sur le Genre 2004 sont
de:
-
Fournir une
plateforme aux chercheurs africains intéressés d’entreprendre des
recherches théoriques et empiriques sur le genre dans l’économie
domestique;
-
Familiariser les
chercheurs avec la littérature la plus récente sur le sujet et ce
faisant, renforcer la perspective africaine dans les débats en cours;
-
Affûter les
compétences d’analyses de genre des chercheurs, et promouvoir une
méthodologie féministe africaine dans l’étude de l’économie domestique;
-
Encourager la
production de connaissances africaines sur l’économie domestique et, ce
faisant, contribuer à l’émergence d’une masse critiques de réseaux de
chercheurs avec un intérêt actif dans l’approfondissement de la
recherche sur ce thème..