La session 2002
Après les
indépendances, la construction de l’État-nation moderne est dans
l’ensemble des pays africains, l’objectif des pouvoirs post-coloniaux.
Cette forme d’organisation de la société devait permettre à ces pays de
dépasser les appartenances et les allégeances multiples des populations
pour les unifier dans un cadre où l’exercice et la légitimation du pouvoir
s’effectuent sur des bases nationales.
Durant les premières
années de l’indépendance, on va assister à un développement rapide et à
une extension des sphères d’influence des Etats dans la plupart des pays
africains. Or, ce processus de construction de l’État-nation, après un
court intermède démocratique, s’est accompagné d’une forte limitation de
l’espace politique, et sa monopolisation par l’Etat et les partis uniques
au pouvoir. Ainsi, l’Etat supplante l’ensemble des acteurs et des
institutions sociales héritées de la lutte anti-coloniale, et s’installe
au cœur de l’espace politique et social local. Il s’établit ainsi comme le
vecteur du changement et de la modernisation politique et sociale. Cette
monopolisation était justifiée, par l’hétérogénéité religieuse, ethnique
ou sociale des populations locales.
Cependant, l’État
post-colonial n’a jamais pu imposer son hégémonie sur les sociétés, et les
nombreuses fractions de la population n’ont pu être capturées par l’État.
Cette contestation du
pouvoir a été incarnée par les élites intellectuelles radicales dans les
années 70, qui récusaient la capacité du projet nationalistes et
modernisateur à construire une économie autocentrée et un modèle
démocratique et moderne dans la gestion du politique.
Cependant, bien
qu’imperceptibles, les plus importantes contestations de l’État vont
pouvoir d’une population prétendue soumise à son action modératrice. Face
au renforcement de l’encadrement de l’État post-colonial, les populations
urbaines et rurales ont développé des stratégies de résistances.
Ces stratégies de
contestation, basées essentiellement sur l’entraide et la mobilisation des
solidarités familiales ou claniques, cherchent à construire des mécanismes
de régulation économique et de socialisation alternatifs à celles imposées
par l’État.
La mobilisation des solidarités infra-étatiques (régionales, religieuses,
éthiques…) trouve des échos au sein des appareils de l’Etat qui, en dépit
de son discours modernisateur, ne s’est pas totalement débarrassé du fait
communautaire, et reste traversée par ces tentations de repli identitaire.
L’objectif de cet
institut est de réfléchir sur cette ambivalence et cette compétition au
sein de l’espace politique africain entre les normes politiques définies
par les États
modernes et les conduites et les stratégies imposées par les élites
traditionnelles dont le pouvoir est de plus en plus renforcé par la crise
des Etats.