En Afrique, au cours de la dernière décennie et demie, on a assisté à
divers processus de transition, faisant passer les pays de régimes
militaires à parti unique à des systèmes politiques multipartites. Cette
évolution a toutefois empêché les intellectuels d’aborder certaines
questions cruciales concernant les élites, qui exercent le pouvoir
politique sur le continent, ceci au-delà
des généralisations banales (sur le (néo)-patrimonialisme
et les post-colonies). Il est devenu
urgent de relever le défi d’une étude systématique de l’élite africaine au
pouvoir et de la façon dont celle-ci gouverne, non seulement à cause des
impasses conceptuelles/ théoriques auxquelles ont abouti la plupart
des connaissances actuelles sur ce
sujet, mais aussi parce qu’une meilleure compréhension de la nature, de la
composition et du renouvellement des
élites nous permettra également
de mieux comprendre le processus
de gouvernance de la sphère publique. De plus, les promesses non tenues
des processus de démocratisation
en cours, ainsi que la tendance constante du système politique à
s’enliser dans de violents conflits, renvoient à une problématique du
pouvoir (autour de la façon dont on s’approprie ce dernier, la façon dont
il est accumulé, structuré, utilisé, légitimé et reproduit), qui nécessite
une étude profonde.
Dans le cadre de l’étude sur le thème de l’élite africaine au pouvoir, les
participants à l’Institut 2003 sur la Gouvernance sont invités à discuter
des effets du profond clivage asymétrique existant entre les élites
gouvernant les affaires publiques et la masse gouvernée. Pour rompre avec
les accusations faciles et les hagiographies intéressées, un tel débat
doit nécessairement poser et traiter, dans la théorie et l’empirie, trois
dimensions essentielles du rôle des élites dans les systèmes politiques
africains: l’identité et la cohésion sociales des groupes dirigeants, les
formes de coercition politique qu’ils emploient et le mode de contrôle des
ressources rares. Ces trois dimensions permettent, entre autres, de
définir la dynamique des relations politiques, la nature d’un système
politique, le mode de constitution d’une élite, la base sociale de la
prise de décision, les points de
référence symboliques sur lesquels se basent les élites, le
mode de domination au sein d’un système politique,
les appareils de légitimation mobilisés, la structuration
des relations entre l’élite et les autres composantes de la société,
l’espace disponible à la formation d’un
consensus de l’élite, le rôle des pouvoirs externes dans
le processus de soutien ou d’opposition à la consolidation de
groupes d’élite, et enfin, elles permettent également
de définir la
relative stabilité d’un ordre politique.
L’Institut 2003 sur la Gouvernance tentera de montrer comment la
constitution d’une élite en Afrique est liée aux tendances e la dynamique
sociale et historique,
qui contribuent à la structuration des sphères publiques
locales. La pertinence d’un retour à une interrogation analytique sur
l’élite est justifiée par l’importance liée à leur mode de composition,
ainsi qu’à leur capacité à se présenter comme les représentants légitimes
de la société, au sens large. Les participants devront mettre l’accent sur
le rôle des élites dans le processus de construction de la nation en
Afrique, et définir les questions s’y rapportant, dans le contexte d’une
critique radicale de la démocratie, qui, par principe, est contradictoire
avec la concentration du pouvoir entre les mains d’un groupe dominant et
restreint, qui existe pour protéger ses propres privilèges.