Les quinze dernières
années de l’histoire africaine ont été témoins de changements dramatiques
dans les média, la plupart de ces changements survenant en même temps ou
annonçant l’ouverture de l’espace politique dans différents pays au moment
où déclinait le système de parti unique et de gouvernements militaires et
au moment où s’amorçait la restauration des systèmes multipartites.
Également, la révolution mondiale dans les techniques de l’information et
de la communication (TIC) a touché l’Afrique si bien que ses effets ont
transformé le domaine des média sur le continent. Les changements survenus
sont visibles même par les observateurs les moins avertis : l’effondrement
du monopole de l’État sur la presse écrite et électronique avec
l’émergence, voire la prolifération, de stations de radio et de télévision
privées ainsi que de journaux, l’essor du téléphone portable, le
déploiement de satellites améliorant la couverture territoriale et la
qualité des transmissions, l’adoption de nouvelles technologies
d’impression qui facilitent la production et la distribution simultanée de
journaux à partir de sites multiples et l’expansion rapide de l’accès et
de l’utilisation d’Internet comme médium pour obtenir et diffuser
l’information. Ces nouveaux développements ont non seulement remodelé les
manières de production et de distribution d’informations mais aussi le
mode de consommation de ces informations, les publics de consommateurs, et
les types d’informations recherchés. En d’autres termes, les changements
ont eu des implications dans la structuration du rôle des média dans la
gouvernance africaine contemporaine.
Nombre d’étudiants en
sciences politiques, en études sur les média et les communications de
masse on crû avec la formule qui dit que les média constituent le
quatrième pouvoir en gouvernance, les trois autres étant l’exécutif, le
législatif et le judiciaire. Mais les relations entre les média et l’État
ont historiquement été un terrain chaudement contesté, ce qui est
compliqué par le fait que les média, théoriquement du moins, ont aussi une
responsabilité principale d’informer, d’éduquer et de divertir des
lecteurs et des audiences, avec l’autonomie, la créativité et
l’orientation critique nécessaires à leur crédibilité. Dans le contexte de
l’histoire récente africaine, cette complexité a été « résolue » en
plusieurs endroits, soit par l’imposition d’un monopole d’État sur la
propriété des média ou sur la promulgation de lois très restrictives qui
limitent la marge de manœuvre de la presse privée ou non gouvernementale.
Dans l’environnement de répression et d’intolérance qui a prévalu, il
n’est pas rare de voir des média pirates ou clandestins prospérer grâce à
la prise de risque et au dévouement des journalistes qui les animent.
Normalement, la libéralisation de l’espace politique dans la plupart des
pays africains durant les quinze dernières, et les nouvelles possibilités
offertes par la révolution des TIC, devraient représenter une importante
et nouvelle ouverture dans le rôle que peuvent jouer les média dans les
processus de gouvernance, y compris le développement d’une culture civique
qui aiderait au renforcement de la transition démocratique. La portée du
rôle des média et ses conséquences est une question pertinente qui
constitue le point saillant de la session 2005 de l’Institut sur la
Gouvernance démocratique. Les participants à l’Institut seront invités à
examiner le rôle des média dans la gouvernance africaine contemporaine
avec en perspective l’examen des progrès enregistrés, des reculs, des
causes des avancées et celles des reculs et des perspectives d’avenir.
Les participants à
l’institut seront également encouragés à, entre autres questions, examiner
les schémas de distribution des média entre presse écrite et média
électroniques ; les changements intervenus dans la relative influence d’un
médium comparé aux autres ; la structure d’appartenance des différents
média qui existent et les implications de la propriété dans l’exercice de
l’intégrité journalistique dans la présentation des informations ; le rôle
des journalistes non seulement en tant que rapporteurs d’informations mais
aussi en tant que faiseurs d’informations sous la forme de questions
qu’ils traitent et qu’ils amplifient ; l’état de la liberté de la presse
dans différents pays et dans quelle mesure il serait un indicateur de
l’ancrage du processus de démocratisation en cours ; la quête pour un
meilleur accès à l’information et les campagnes en faveur de législations
pour la liberté d’information ; la capacité du journalisme d’enquête et
des exemples de journalismes d’investigation qui ont contribué à repousser
les limites de la gouvernance démocratique ; la capacité des média à jouer
le rôle de tour de garde du gouvernement dans un contexte caractérisé par
l’hétérogénéité du secteur des média et l’hétérogénéité des intérêts de
leurs propriétaires ; le rôle des média dans les politiques identitaires
communes en Afrique aujourd’hui et qui, dans les cas les plus difficiles,
ont conduit à de violents conflits et à l’effondrement de l’autorité du
gouvernement central ; les tensions entre les fonctions de service public
des média et la logique de commercialisation qui anime ces organisations ;
l’utilité de la propagation des technologies de téléphonie portable pour
la gouvernance démocratique ; le statut et le rôle d’Internet comme outil
de création de nouveaux publics capables d’unir l’opinion pour la
transformation des politiques ; l’Internet comme ressource de création de
nouvelles communautés sociales et politiques, ou la propagation de
nouveaux types d’identités et leurs implications dans la gouvernance
démocratique ; enfin, le contenu et l’orientation des services multimédia
dans les différents pays et comment ils s’articulent à différents niveaux
à la gouvernance.
A travers l’institut
sur la gouvernance 2005, le Conseil entend poursuivre le travail effectué
dans un passé récent sur les média et sur la démocratisation en portant
son attention sur l’éventail et la diversité des questions suscitées et
posées par les changements dans le domaine des média en Afrique. Les
participants potentiels sont encouragés à définir les contours des
changements en cours, de produire de nouvelles perspectives empiriques et
analytiques, d’entreprendre une analyse comparative de leurs résultats et
de réfléchir aux défis posés par leur propre travail aux cadres
conceptuels hérités/dominants.