Les pays
africains ont obtenu l’indépendance en 1960 sur la base d’un large
contrat social entre les nationalistes qui ont hérité du pouvoir d’Etat
des autorités coloniales et les populations dont le soutien fut décisif
dans le succès des luttes d’indépendance. Au centre de ce contrat était
un engagement des nationalistes à une amélioration générale des
conditions de vie et du bien-être des populations de manière à surmonter
les restrictions discriminatoires inhérentes à la politique sociale
coloniale et à offrir des opportunités de mobilité sociale. Les secteurs
de l’éducation et de la santé ont occupé une place centrale dans les
premiers investissements des gouvernements post-coloniaux ; en général,
ces secteurs connurent une expansion continue jusqu’à la fin des années
1970. De manière spécifique, pour le secteur de la santé, l’accent a été
mis sur le développement d’infrastructures modernes destinées à la
majorité de la population. Des premiers centres de santé aux plus grands
hôpitaux surtout implantés en ville, et les centres médicaux
spécialisés, l’expansion du secteur de santé « moderne » était traitée
comme un objectif tangible d’indépendance et ce secteur recevait des
investissements publics relativement importants. Au même moment, plus
d’attention fut portée à la formation des personnels de santé –
infirmières, sages-femmes et médecins - à la fois localement et à
l’étranger.
Jusqu’au
milieu des années 80, la plupart des centres médicaux publics ont bien
fonctionné. Ils étaient bien approvisionnés en médicaments et en
personnel. Les subventions gouvernementales servant à leur
fonctionnement étaient également régulières même si elles s’avéraient
insuffisantes. Par conséquent, les établissements publics de santé
avaient la confiance du public et étaient souvent le premier choix de la
plupart des patients à cause de la qualité de leurs services et des
équipements à la disposition du personnel. Cette situation allait,
néanmoins, changer rapidement dès le milieu des années 1980, à la suite
des crises économiques que traversaient les pays africains, l’un après
l’autre ; le secteur de la santé a subi des revers desquels il ne s’est
pas remis. En plus des réductions drastiques dans l’allocation de fonds
par les gouvernements, le secteur allait connaître un exode massif de
son personnel qualifié du fait de différents facteurs. La fuite des
cerveaux du secteur de la santé publique était alimentée par la
détérioration des infrastructures physiques et des équipements dans la
plupart des institutions de santé, les pénuries sévères de médicaments
et autres fournitures, la baisse des rémunérations du personnel de santé
public et la détérioration de l’environnement de travail qui
décourageaient l’excellence professionnelle. Comme si l’exode du
personnel ne suffisait pas, les gouvernements devaient également, dans
le cadre des réformes mises en œuvre dans les politiques d’ajustement
structurel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, se
retirer de certains secteurs. Le cadre de l’ajustement devint également
la plateforme à travers laquelle des politiques de soi-disant partage de
coûts étaient mises en place dès 1980, politiques qui, associées à la
détérioration du système de santé publique, ont fini par décourager
l’accès populaire aux institutions de santé publique et à leurs
services.
Les
crises dans l’offre de santé publique servirent de déclic à l’émergence
et/ou l’expansion des services de santé privés soutenus par une logique
de marché. L’offre privée de santé a connu une croissance significative
non seulement en termes de nombres de structures mais également dans les
niveaux et les complexités des services offerts. En plus des acteurs
locaux – beaucoup d’entre eux des employés et d’ex-employés du système
de santé public - il y a également un flux constant de privés
internationaux qui pénètrent le secteur local pour offrir des services
généraux et spécialisés. Dans plusieurs cas, les structures privées
dépendent de la désaffection du personnel du secteur public de santé
pour certains de leurs services. Avec le développement de l’offre privée
de santé, il y a eu le développement du marché de l’assurance maladie.
L’émergence et l’expansion du système privé de santé annonçait également
la prépondérance d’une structure de santé très stratifiée dans bien de
pays africains où les travailleurs pauvres devaient faire avec le
système public de santé tel qu’il existe ou aller vers des formes
traditionnelles de médecine pendant que les membres plus riches de la
société se dirigeaient vers les structures privées. Les preuves
disponibles de cette marchandisation indiquent que cette stratification
est réflective de processus plus larges d’accentuation des inégalités
sociales en Afrique associées à la marchandisation qui est à la base de
nombre de politiques publiques au cours des deux dernières décennies et
demie.
Objectifs
Les
participants à la session 2007 de l’Institut sur Santé, politique et
société sont encouragés à explorer les différentes dimensions de l’offre
privée de santé en Afrique contemporaine. Quelles sont les origines et
quelle est la nature du secteur privé de santé ? Qui sont les agents
privés de santé ? Quels modèles émergent de l’offre privée de santé
locale? Comment le marché florissant de la santé promue par l’OMC se
traduit-il dans le développement d’un marché local africain de santé
privé? Quels types de cadres politiques publics régulent les centres de
santé privés, et quels en sont les effets? Qui sont les usagers des
services de santé privés, en particulier en rapport avec leur classe
sociale et leur genre ? Y a-t-il des corrélations entre revenu et/ou
genre, par exemple, dans l’utilisation des services de santé dans un
contexte social de plus en plus stratifié ? En plus de la géographie
sociale de l’offre privée de santé, quelles informations nous procurent
la distribution physique des structures privées de santé et les
compagnies privées d’assurance maladie ? Sur quels fondements
(idéologiques et/ou autres) sont basées les revendications de qualité
dans l’offre privée de santé et celles-ci sont elles fondées ? Comment,
par leur seule existence, les institutions privées de santé ont-elles
affecté ce qui reste du système de santé public ? Dans les comportements
de recherche de services de santé de la population, comment sont
négociés les services disponibles en matière de santé publique, privée
et « traditionnelle » ? La portée et le nombre de questions de recherche
et de politiques associées à l’expansion en cours du secteur privé de la
santé sont infinies et différents points d’entrée multidisciplinaires
sont requis dans la réalisation d’une compréhension équilibrée et
général.