Abondance et pénurie d’eau a Kinshasa : un phénomène de pauv

Abondance et pénurie d’eau a Kinshasa : un phénomène de pauv

Postby Gauthier Musenge » Thu Jul 14, 2011 2:43 pm

Résumé long
1. Problématique
La vie urbaine est l’une des formes essentielles de la vie moderne : elle regroupe des foules humaines sur des espaces relativement restreints. La ville constitue l’un des traits essentiels de la civilisation des peuples évolués, car les habitants bénéficient d’une organisation matérielle perfectionnée telle que le service de distribution d’eau potable et autre.
C’est pourquoi la ville de Kinshasa connaît une croissance très rapide et l’évolution de sa superficie se fait parallèlement à l’accroissement de la population. De nos jours, la ville de Kinshasa s'étend sur 9.965 km². Elle compte en 2005 près de 5,8 millions d’habitants, soit 10,7 % de la population nationale et 34,2 % de la population urbaine du pays. La population de Kinshasa s’est multipliée par sept en quarante ans. La densité est très élevée (577 hab/km²) par rapport à la moyenne nationale (24 hab/km²). Cette forte pression démographique crée des besoins en matière d’habitat, d’équipements publics et d’approvisionnement en eau potable.
La ville de Kinshasa appartenant au type climatique Aw4 de Köppen caractérisée par un climat tropical chaud et humide. Son régime pluviométrique comporte une saison de pluie et une saison sèche. Par conséquent, Kinshasa est baigné de dix-huit cours d’eau dont le fleuve Congo qui longe la ville.
Les diverses sources de contamination polluent souvent l’eau courante, consommée souvent par les pauvres des quartiers défavorisés, dont les décharges des déchets industriels non retraités, les infiltrations dues aux dépôts d’ordures dans les eaux de surface ou souterraines, un traitement inadéquat des effluents et une mauvaise gestion des déchets solides. En réalité, l’enfouissement (23,5 %) est le principal mode d’évacuation des ordures des ménages kinois. Mais il est inquiétant de savoir que 22,3 % des ménages optent pour le dépotoir sauvage et 8,2 % des ménages de cette ville jettent leurs ordures sur la voie publique et polluent l’environnement. Par ailleurs, la République Démocratique du Congo n’a ni de normes permettant de contenir la pollution des cours d’eau dans les limites raisonnables, ni les moyens d’exiger l’application des normes de qualité de l’eau.
La Regideso, une entreprise publique de traitement et distribution d’eau, construite en 1950, a prévu desservir une population estimée à 500.000 personnes (Maractho Mudzo et Trefon, 2004 : 47). La Regideso n’arrive pas à assurer l’entretien et le renouvellement de ses installations ; les réseaux de distribution et les ouvrages de production sont obsolètes et inadaptés. Plus de 50 % de l’eau produite est perdue dans des fuites aux réseaux de distribution ainsi qu’à travers des branchements illégaux. Sur environ 420.000 branchements, plus de la moitié sont classés ‘‘inactifs’’. La plupart des factures sont basées sur des estimations forfaitaires. Parmi les branchements actifs, seulement moins de 25 % ont un compteur avec, à la clé, le manque de confiance des clients et la voie ouverte à la fraude.
C’est dire donc que la Regideso est en faillite virtuelle depuis plusieurs années ; ce qu’elle arrive à encaisser auprès de ses clients ne couvre pas ses dépenses de fonctionnement. La cause principale de la dégradation de la situation financière de la Regideso serait le fait que l’Etat ne paie pas ses factures d’eau qui représentent plus de 40 % du chiffre d’affaires. Ses coûts sont gonflés par un personnel en surnombre et à la composition inadaptée.
Toutefois, la ville de Kinshasa est desservie en eau potable à partir de quatre usines dont la production globale journalière est de 416.000 m3, alors que la demande journalière actuelle est estimée à 700.000 m3, soit un déficit de 284.000 m3.
Par conséquent, l’offre municipale d’eau se heurte presque partout à des problèmes. Les performances opérationnelles et la situation financière de la Regideso se sont considérablement détériorées. Le nombre de branchements et le volume des ventes d’eau ont décru. Les robinets sont servis par intermittence et d’une façon inéquitable. Il y a des fuites dans les collecteurs, les conduites et les robinets, les branchements frauduleux. La conduite d’eau de la Regideso contribue à la dégradation de la qualité et quantité de l’eau dans la canalisation. En outre, lorsqu’ils ont facilement accès à l’eau courante, les consommateurs utilisent souvent beaucoup plus d’eau qu’ils n’en ont besoin. La régulation des pénuries chroniques s’effectue par des coupures d’eau qui sont d’autant plus longues et fréquentes que le quartier est plus pauvre.
La Regideso ayant souscrit au 10ème Objectif du Développement du Millénium visant à réduire de moitié, d’ici 2015, le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable ; eu égard à l’aggravation des problèmes et au nombre croissant de la population cible, notre observation porte d’abord sur les mécanismes de causalité de ce contraste (cette pénurie désastreuse d’eau potable dans une des villes les plus arrosées de la terre). Nous étudierons ensuite les stratégies déployées par les ménages afin de s’assurer d’un approvisionnement journalier en eau. A cause de la situation subordonnée de la femme dans la société congolaise, de jeunes filles se lèvent à deux heures du matin pour aller faire la queue dans les points d’eau. Dans ces divers modes de puisage de l’eau de consommation domestique, surtout dans des cités issues de l’urbanisation de la pauvreté, notre attention porte sur les implications socio-sanitaires dans la vie des enfants, particulièrement des filles de moins de quinze ans.
Le phénomène majeur de notre étude n’a jamais fait l’objet, en dépit de nombreuses lectures existantes, d’une étude sociologique ; c’est-à-dire entreprendre des enquêtes de terrain, conduire des investigations dans les milieux les plus divers de Kinshasa. C’est la lacune que ce travail se propose de combler, car la fourniture insuffisante d’eau potable à Kinshasa contraste avec la disponibilité qu’offrent les ressources d’eau.

2. Choix, buts et intérêts de l’objet d’étude
L’eau est une des clefs du développement durable. Pour beaucoup, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement fait partie des droits de l’homme. Assurer la sécurité de l’approvisionnement en eau potable pour tous les Kinois constitue un volet essentiel de la lutte contre la pauvreté à Kinshasa. Si l’eau est source de vie, le problème d’eau potable à Kinshasa affecte la santé, la dignité, le bien-être de ses habitants et la croissance des enfants.
Cette étude veut contribuer à améliorer la gouvernance de l'eau et la gestion des ressources en eau, au développement durable et à l'entretien des infrastructures de l’eau. Le but de cette réflexion est aussi de montrer, d’une part, comment l’eau est au cœur de la recomposition d’une société urbaine à Kinshasa ; d’autre part, que la gestion de la demande, plutôt qu’une lutte continuelle pour la satisfaire, est le moyen le plus sûr d’arriver à la sécurité en matière d’eau. Si on veut obtenir un développement durable, il est essentiel d’élaborer et d’exécuter une stratégie nationale des eaux. Cette stratégie que nous allons proposer, doit établir un lien entre la gestion de l’eau et les besoins des municipalités pour assurer un bon assainissement et empêcher la propagation des maladies.
Dans son intérêt, cette étude permet de saisir les atouts et les entraves susceptibles de favoriser un approvisionnement permanent en eau salubre à tous les Kinois, et la fourniture d’installations d’assainissement adéquats qui réduiraient considérablement la morbidité et la mortalité imputables à des causes liées à la consommation d’eau. Cette recherche présente certains maux communs à nos villes qui seraient résolus grâce à une meilleure promotion urbaine dans notre société. Elle dévoile l’incapacité pour les gouvernants d’assurer un approvisionnement permanent en eau saine, à des prix abordables, à tous ses habitants, spécialement aux citadins pauvres, dont la vaste majorité habite des nouvelles cités qui ne sont reliées à aucun service municipal, des cités issues de l’urbanisation de la pauvreté. Elle désillusionne l’image idéale de la vie urbaine, présente la face réelle d’une ville congolaise. Mais surtout, elle interpelle tous ceux qui détiennent une portion de pouvoir en matière hydrique et assainissement, de prendre en charge leurs responsabilités dans l’organisation des cités.

3. Approche méthodologique de recherche
Nous sommes en Sociologie de la consommation où la distribution courante de l’eau résume deux phénomènes économiques et sociaux : l’approvisionnement domestique en eau potable au robinet (une pratique urbaine) et l’affirmation de la consommation d’eau comme signe déterminant d’identification et d’identité sociales urbaines. Le mode d’approvisionnement en eau potable est défini ici comme ‘‘fait social’’ représentatif d’appartenance collective à la ville de Kinshasa.
Nous sommes aussi en Sociologie des biens fondamentaux qui démontre le lien existant entre la pauvreté et la sécurité de l’eau. Elle se fonde sur deux principes essentiels :
- Reconnaître que l’accès à l’eau potable en quantité suffisante et à l’assainissement constitue un des besoins humains de base, essentiels à la santé et au bien-être.
- Valoriser l’eau, signifie la gérer d’une manière qui rehausse sa valeur économique, sociale, sanitaire, environnementale et culturelle ; et tarifer par la même occasion les services d’approvisionnement en eau sur la base de leur coût. Cette approche doit tenir compte du besoin d’équité et des besoins fondamentaux des pauvres et des plus défavorisés.
En outre, la dialectique de médiation (in Anthropologie-Logiques. En corps le langage, 1999 : 18) permettra une analyse sociologique cohérente et adéquate relativement aux observations cliniques, de la carence en eau potable dans un milieu riche en ressource hydrique, à trois démarches explicatives : dissocier, dialectiser et analyser. Son apport de base réside dans une meilleure distinction de trois types de problèmes :
- Etablir la causalité de la pénurie d’eau de façon que nous arrivions à proposer des solutions efficaces et efficientes.
- Définir ce qui rend culturel le modèle d’approvisionnement en eau potable dans le milieu urbain, dans sa différence et son apport à la naturalité urbaine de Kinshasa.
- Définir les propriétés analytiques de la causalité de la carence en eau potable à Kinshasa dans son système d’approvisionnement et d’assainissement.
La solution dans l’analyse de la pénurie d’eau potable dans la ville de Kinshasa se trouve dans la méthode de l’intervention sociologique mise au point par Alain Touraine (1978 : 183-195). En effet, le problème de la pénurie d’eau potable à Kinshasa concerne trois catégories sociales endogènes stratifiées. Il s’agit, d’un côté, des gouvernants, gestionnaires de la distribution d’eau à Kinshasa, qui initient et orientent le mode d’approvisionnement de la ville en eau et imposent le choix dans les conditions de vie en ville. Il y a de l’autre coté, les abonnés de la Regideso qui, malgré l’irrégularité dans la fourniture d’eau, s’approvisionnent au robinet. Ces derniers sont jouisseurs de l’urbanité et participent pleinement à la vie collective urbaine de Kinshasa. Au dernier groupe, il y a les ‘‘marginaux’’, les sous-urbains qui sont hors du réseau de distribution, mais aspirant à la deuxième catégorie afin de puiser dans leur propre robinet.
Le choix de cette méthode s’en tient aux dynamiques internes de transformation extrêmement rapides à la fois plus limitée et plus ambitieuse que celles qui se limitent au niveau de simples revendications ou d’une mise en cause de la marginalité établie.
Pour collecter les données, nous allons utiliser :
- L’observation directe libre : cette technique nous facilite une perception morphologique et écologique des faits apparemment les mieux observables jusqu’à leur niveau profond. Elle nous permettra de décrire la physionomie de notre milieu d’étude et les diverses sources d’eau à Kinshasa.
- La technique documentaire : nous allons utiliser les ouvrages, périodiques, archives et différents registres concernant l’histoire de la ville et la distribution d’eau potable à Kinshasa. Pour ce, les données que nous disposons puisées à la bibliothèque de la Regideso et aux archives du Musé royal de l’Afrique centrale de Tervuren en Belgique seront un apport important.
- L’interview structurée avec un échantillon stratifié auprès des consommateurs permettra un dialogue intéressant et riche en information relative à l’approvisionnement en eau potable à Kinshasa.
- L’interview structurée avec un échantillon intentionnel auprès des personnes ressources qui sont certains responsables de la Regideso nous donnerons des informations sur la fourniture d’eau à Kinshasa.
Atteindre des personnes naturellement disséminées dans l’espace social de Kinshasa nous posera des problèmes spécifiques. Car il est difficile de faire une enquête dans chaque ménage de la ville. Nous préférons un recrutement par échantillon stratifié : l’accès à l’eau de la Regideso relève d’une ségrégation socio-spatiale à Kinshasa.
En effet, la fourniture de l’eau dépend de la position du quartier et du statut des habitants. La notion de trajectoire urbanistique des quartiers et la situation socioéconomique des habitants constituent un indicateur de problème d’accès à l’eau potable, assainissement et la tarification de la consommation à Kinshasa.
L’usage de la méthode de sondage aléatoire nous amènera à considérer le ménage comme l’unité de sondage. Etant donné que le ménage forme un ensemble des personnes qui vivent les mêmes conditions d’approvisionnement et qui consomme la même eau. Le choix de ménage forme, pour nous, le quota et l’obligation d’enquêter un nombre important de ménages représentés en priorité par la femme ménagère, en défaut par la fille la plus âgée ou un membre aîné adulte.
Concrètement, nous partirons de la base de sondage d’enquête produite à partir d’une pré-enquête que nous réaliserons dans une commune de Kinshasa. Tenant compte de la chronologie de l’existence des communes et de leur position géographique et sociologique, des équipements dans la distribution d’eau potable, de la densité et du niveau de vie de la population, nous avons ainsi choisi : La commune de Ngaliema : figurant parmi les anciennes communes de Kinshasa et située à l’extrême ouest de la ville, elle présente une diversité dans le genre de vie de la population. Il y a dans cette commune les plus riches de la ville habitant les anciens et nouveaux quartiers urbanisés et privilégiés en équipements publics (en réseau et fourniture d’eau potable). On y trouve aussi les plus pauvres résidant surtout les nouveaux quartiers défavorisés à forte densité et sans équipement public. Elle a des quartiers qui regorgent une population supposée pauvre de la capitale et sa ruralité en milieu urbain présente un contrasse curieux. Tous les modes de vie kinois se retrouvent dans cette commune. Elle présente une diversité de modes d’approvisionnement en eau potable.
Les quartiers pris ensemble seront stratifiés en deux :
▪ La strate 1 comprend les quartiers raccordés à la Regideso
▪ La strate 2 comprend les quartiers hors réseau de la fourniture d’eau potable.
Il se dégagera de cette base de sondage, après tirage d’un échantillon aléatoire à deux degrés un nombre de ménages tirés et répartis en groupes. Avec cette population considérée comme suffisamment large, nous aurons estimé avoir réuni amplement d’informations pour que le traitement des données permette de relever, dans la mesure du possible, des problèmes réels liés à l’approvisionnement en eau potable et assainissement à Kinshasa.
Gauthier Musenge
 
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Re: Abondance et pénurie d’eau a Kinshasa : un phénomène de

Postby sly » Sun Jul 17, 2011 11:33 am

Le cas congolais ressemble à celui de l Côte d'Ivoire, notamment la ville d'Abidjan. Les populations aux faibles revenus peinent à se raccorder au réseau de distribution d'eau et ceux qui l'ont fait sont confrontés à la baisse de pression d'eau qui débouche à la suspension de l'approvisionnement.
Mais depuis peu, on constate que les difficultés d'approvisionnement frappent indifféremment les couches sociales. Abidjan se caractérise par une urbanisation sauvage. Les plus nantis occupent et construisent sur des espaces qui, en réalité sont des "chemins d'eau", empêchant le ruisselant des eaux. Pire, on construit sans prévoir des canalisations d'eau et sans des châteaux d'eau. Or, l'urbanisation est couplée par une démographie galopante. Aussi la forte demande en eau ne peut pas être satisfaite et on est confronté à des coupures d'eau intempestives. La situation est d'autant plus grave que depuis la crise militaro-politique du 19 septembre 2002, la Société de Distribution d'Eau en Côte d'Ivoire (SODECI) est en difficultés dans les zones Centre Nord Ouest (CNO) occupée par la rébellion de Soro Guillaume. Les recouvrements ne sont font plus dans cette zone et la plupart des infrastructures sont endommagés ou ne sont pas entretenues. Tout ce qui provoque un manque criard d'eau dans ces zones.
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