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19 December 2011
Achille. Kouhon

Ivory Coast : From the « hidden year » to the « blank year in silence

Title in original language: Côte d’Ivoire : de l’« année cachée » à l’« année blanche en silence ».

The paper analyzes the issues of academic freedom in universities of Ivory Coast. Talk about academic freedom and social responsibility in university, is to interrogate on the status and mission of the university and the university itself. In a comparative approach, the author tries to show the level of violation of the Kampala Declaration. He examines the situation in periods, ante-election and post election respectively called the "hidden years" and "white year in silence imposed." In the first time, denounces the orchestrated acts by the Student Federation of Côte d’Ivoire (FESCI) during this period "hidden years", he describes a desolate situation characterized by: the campus violence, privation of pupils, students and teachers in training, union claims not justified, and most importantly, the silence and impotence of the state address these violations and intellectual freedoms. He noted with regret in a 2nd time, with the new regime, the situation is not improving, worsened considerably against all odds. Result: a "white year in silence imposed" looming on the horizon and for which, no intellectual Ivorian can claim. It is almost impossible to speak on issues of academic freedom; the "armed men" of the new authorities occupy the residence halls. It is the climate of insecurity. Many teachers and students are in exile. The question remains: how long will it remain the universities closed in Ivory Coast? Why to sacrifice these thousands of Ivorian intellectuals by denying them the right to education and the right to freedom.

La Côte d’Ivoire avait longtemps été considérée comme un pays ayant l’un des meilleurs systèmes éducatifs en Afrique de l’ouest (francophone). Cependant il était plongé dans une crise sociopolitique depuis 2002. Ce climat d’instabilité à considérablement affecté le système éducatif ivoirien. Selon l’Unicef (9 mars 2011), moins de 60 pour cent des élèves en âge de fréquenter l’école primaire sont scolarisés chaque année.
Je ne pourrais produire un article sur la question des libertés en Côte d’ivoire et faire fi de cette décennie de crises complexes et multiformes. Dans cet article j’essaye de faire une analyse des libertés académiques et sociales en Côte d’Ivoire. En effet, ce pays de l’Afrique de l’ouest a connu une dizaine d’années de troubles politiques, socio-économiques auxquels se sont ajoutés des conflits armés depuis l’année 2002 jusqu’aux élections présidentielles du 28 novembre 2010. Ces années de conflits de tout genre ont considérablement affecté le système scolaire et universitaire. Un enseignant s’exprimant sur la question de l’école dira à cet effet : « en Côte d’ivoire, l’école est moribonde ». Cet état de morbidité de l’école ivoirienne selon moi, peut comporter plusieurs phases que j’essayerai de regrouper en deux grandes phases dans cet article.
Il y a une première phase qui est celle de « l’année cachée » c’est-à-dire la période qui précède la date du 28 novembre 2010. Et en second lieu, il y a celle que j’appellerai, la phase de «l’année blanche en silence imposé ». Ces deux phases peuvent renseigner sur les multitudes de problèmes académiques en Côte d’ivoire notamment la question relative aux libertés académiques et sociales. La méthodologie de cette analyse consiste en une simple observation de la situation et en une brève étude documentaire. L’avantage pour moi découle du fait que je sois présent en Côte d’ivoire, avant et après la période du 28 novembre 2010. J’ai ainsi une connaissance concrète de la situation des libertés académiques en tant qu’universitaire et citoyen ordinaire. Aussi utiliserais-je cette expression « année cachée » pour montrer cette première phase de morbidité de l’école ivoirienne.

L’ « année cachée » dans les universités ivoiriennes

La première question à laquelle j’essaye de répondre, est celle de savoir si l’on pouvait parler de libertés académiques en Côte d’ivoire pendant les dix années qui ont précédé la date du 28 novembre 2010 ? Cette période que j’appelle la phase de l’année cachée se caractérise par des années académiques à rattraper depuis une décennie. Aussi cette période est-elle essentiellement marquée par les actions de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). En effet, ce mouvement d’étudiants a été à l’origine de nombreuses interruptions du travail universitaire par des grèves intempestives et de diverses formes de violations des droits de l’homme dans les universités. La déclaration de Kampala sur la question des libertés académiques souligne la libre affiliation au syndicat en son article 10. Cependant les revendications syndicales de la FESCI prenaient parfois des dimensions qui n’étaient pas différentes d’une restriction à l’éducation pour la communauté intellectuelle. Selon les termes de la déclaration de Kampala, toute personne a droit à l’éducation, et a le droit de s’engager dans une activité intellectuelle (Article 1). Les élèves et les étudiants de Côte d’ivoire ont été privés de formation (leur droit à l’éducation) par des grèves qui n’avait souvent aucun lien avec de simples revendications syndicales. En effet, par des grèves démesurées, par l’interdiction de l’accès aux amphithéâtres et aux salles de cours, les universités et écoles restaient fermées parfois plus d’un semestre. La FESCI était plus qu’un simple syndicat d’étudiants. Ce mouvement d’étudiants opposait une restriction aux autres syndicats d’étudiants à tel point qu’il restait le seul syndicat d’élèves et d’étudiants sur l’ensemble du territoire national. Et pourtant, la déclaration de Kampala sur les droits et libertés intellectuelles stipule que tous les membres de la communauté intellectuelle doivent se sentir libres de former ou de s’affilier à des syndicats. Le droit d’association inclut le droit d’assemblée pacifique et la constitution de groupes, clubs, associations nationales et internationales (article 9). La FESCI avait le monopole de manifestation sur toutes les universités et dictait ces propres règles parmi lesquelles la violence était l’un des langages les plus utilisé par ce syndicat estudiantin. Des enseignants étaient parfois chasser des salles de cours, battus et interdits de dispenser des cours. Et pourtant, aucun groupe de la communauté intellectuelle ne doit se permettre de harceler, de dominer ou d’opprimer un autre groupe (Kampala (Ouganda), 1990). La FESCI exerçait cette oppression dans les universités et dans les écoles secondaires. Ce syndicat collectait des « impôts » sur tous les campus et même dans les écoles de l’enseignement secondaire où il était représenté. Il contrôlait le paiement des bourses, des aides universitaires et l’attribution des chambres dans les cités universitaires. Ce fait était si funeste que certains étudiants étaient parfois vidés de leur chambre au profit d’individus qui n’avaient pas droit aux chambres des cités universitaires. Tous les recteurs d’universités devaient ainsi composer avec la FESCI pour éviter des problèmes qui pourrait entraver la bonne marche d’une année académique normale. Le ministère de tutelle, celui de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, depuis l’année 2000 connaissait ce problème. Mais l’Etat à cette époque, n’avait pris aucune disposition pour résoudre ce problème et garantir une véritable franchise universitaire. Où était donc passé l’Etat ? Car selon les termes de la déclaration de Kampala sur les libertés académiques, l’Etat doit se faire l’obligation de prendre des mesures promptes et appropriées, contre toute violation des droits et libertés de la communauté intellectuelle portée à son attention (article 13). Les parents d’élèves, les étudiants, et même certaines associations de la société civile dénonçaient les agissements de la FESCI mais l’Etat ivoirien restait muet et impuissant. Au regard des pratiques de la FESCI, je peux dire que nous étions en présence d’une sorte de mafia universitaire qui pouvait priver les élèves, les étudiants et les enseignants de libertés quant elle le voulait. Cependant d’où vient cette expression « année cachée » dont je parlais plus haut ? Il faut dire que l’année cachée est en partie un décalage des années universitaires favorisé par les pratiques de la FESCI. Cette année cachée, si elle existe toujours, elle continuera d’avoir un impact majeur sur les libertés académiques en Côte d’ivoire. En effet, en tant qu’universitaire j’avais aussi connu l’année cachée après l’obtention de baccalauréat en 1998. En Côte d’ivoire, après l’obtention du baccalauréat, il faut attendre six mois pour faire les préinscriptions dans les universités publiques et au minimum six autres mois pour commencer les premiers cours à l’université. Encore lorsque vous commencez les cours vous vous inscrivez pour l’année universitaire qui a précédé sinon vous restez une année à la maison pour attendre la rentrée prochaine. Le constat est qu’il n’y avait pas une seule année cachée mais plusieurs selon les facultés. Par exemple, vous voulez vous inscrire en première année pour l’année académique 2009-2010, la scolarité vous inscrit au titre de l’année académique 2008-2009 et une fois dans une facultés, vous remarquez que les derniers examens achevés sont ceux de l’année 2007-2008. Vous perdez déjà une année ou des années universitaires sans commencer ; c’est pourquoi j’utilise l’expression « année caché » concernant ces retards. L’année cachée dans les universités ivoiriennes finira par être une sorte d’« institution » pour ceux qui souhaiteraient faire des études universitaires. Certaines facultés universitaires finissaient l’année académique 2008-2009 en 2010, voire en 2011. Ce sont des années blanches que les autorités de cette époque n’osaient pas situer de façon claire et qu’elles cherchaient à cacher même s’il fallait le faire un jour. Cette année cachée va s’élargir avec les instabilités politiques répétitives en Côte d’ivoire.
Je peux dire qu’avec la FESCI, on avait une année cachée, des violences à l’université et un Etat qui n’a jamais rien fait pour régler ces problèmes. L’Etat laissait la FESCI agir pour pouvoir la contrôler à son profit et l’instrumentaliser à des fins politiques. En revanche, je pense qu’à cette époque, en dépit de l’année cachée et des pratiques douteuses et critiquables de la FESCI, l’on pouvait fréquenter les universités et faire des cours dans un retard institué. Mais depuis les évènements de novembre 2010 et la fermeture des universités par les nouvelles autorités ivoiriennes, la réouverture des universités est devenue un rêve pour tous les étudiants et la société ivoirienne.

Une année blanche en silence imposé

Suite à la crise postélectorale (novembre 2010 - avril 2011), les nouvelles autorités ivoiriennes ont fermé les principales universités. Ainsi les universités qui devraient être ouvertes depuis deux mois après leur fermeture restent toujours fermer après huit mois. Les raisons avancées par les autorités actuelles concernent le problème de la réhabilitation des universités et des cités universitaires. Cependant nombreux sont les intellectuels en Côte d’ivoire qui réfute cette hypothèses de la réhabilitation. On parle aujourd’hui moins d’universités et d’étudiants qui ont droit à la formation. Aucun intellectuel ivoirien ne peut revendiquer la réouverture des universités. Encore plus, aucun groupe d’intellectuels ne peut s’exprimer sur les questions de libertés académiques car il mettrait sa vie en danger. En effet, des « hommes en arme » à la solde des nouvelles autorités occupent toutes les rues de la capitale et l’intérieur du pays. Ces « hommes en arme » occupent des cités universités, ils occupent des chambres d’étudiants et ont même fait des camps militaires dans certaines universités. Selon les termes de la déclaration de Kampala, l’Etat ne doit déployer aucune force militaire, paramilitaire, ni aucun service de sécurité et de renseignement, ni toute force similaire à l’intérieur des locaux ou domaines réservés aux établissements d’enseignement (article 14). Les étudiants et les enseignants ne peuvent s’exprimer librement dans ce climat d’insécurité. Alors pour moi, s’il n’y a pas de liberté d’expression, et que des militaires occupent des établissements, la question des libertés académiques en Côte d’ivoire est à prendre en considération. En effet, de nombreux enseignants et étudiants sont aujourd’hui en exile. Certains craignent les arrestations pour avoir milité dans l’ancien régime. La question de la sécurité est préoccupante parce que ces « hommes en arme » occupent des établissements et des campus. Ils ne sont ni policier, ni gendarmes, ni même des forces légalement reconnues. C’est la réalité interne actuelle de la côte d’ivoire qui ne peut être réfutée. Alors sans sécurité comment pourrait-on ouvrir les universités ? Comment pourrait-on garantir à la longue une liberté académique si des « militaires » occupent déjà des campus universitaires?
Les années qui précédaient la date de novembre 2010, l’on pouvait parler d’un minimum de liberté académique avec les pratiques néfastes de la FESCI et d’un Etat « complice ». Il existait encore une communauté intellectuelle qui pouvait s’exprimer et jouir du respect de ses droits civils et politiques. Et même avec l’année cachée les universités étaient ouvertes et l’on pouvait circuler librement malgré les années de retard. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas parce que personne ne veut s’éloigner longtemps de son lieu d’habitation. Alors dans ce contexte d’insécurité, comment pourrais-t-on parler de droit à l’éducation ? La production d’un article comme le mien présente des difficultés car on ne peut parler de bibliothèque et d’accès à la documentation. J’en viens maintenant à l’emploi de la seconde expression « année blanche en silence imposé » pour dire qu’en Côte d’ivoire, il y a une année blanche mais personne ne voudrait le dire. Certains intellectuels savent que la réouverture des universités est incertaine cependant personne ne peut l’affirmer. Un élève ayant obtenu le baccalauréat de l’année 2010 disait: « c’est peut-être dans deux ans que l’université ouvrira ses portes à Cocody, dans 5 ans à Abobo-Adjamé et dans un an à Bouaké1». Alors pendant combien de temps les universités resteront-elles fermer en Côte d’Ivoire ? Que redouteraient les nouvelles autorités ivoiriennes ? Le retour des étudiants signifierait-il le début d’un retour à la normalisation de la vie et donc de nouvelles revendications politiques et sociales pour un régime encore fragile ? Alors pourquoi sacrifié ces milliers d’intellectuelle ivoirien en leur privant de cette grande liberté ; celle du droit à l’éducation. En somme, s’interroger sur le sort des libertés académiques et la responsabilité sociale des universitaires revient à s’interroger sur le sort, le statut et la mission de l’universitaire et de l’université elle-même et sur tout ce que le peuple en attendait le plus : le développement par la science dont l’université est par définition le dépositaire et le producteur. D’où l’importance du sujet (Mangu, 2005).

Références bibliographiques

-  Documents Consultés

CODESRIA. «Déclaration de Kampala sur la liberté intellectuelle et la responsabilité sociale ». 29 novembre 1990, Kampala (Ouganda). Disponible sur www.codesria.org (consulté le 28.10.2011)
Mangu, A.M. Betukumesu, « Libertés académiques et responsabilité sociale des universitaires en République démocratique du Congo,» CODESRIA (2005), disponible sur www.codesria.org/IMG/pdf/con... (consulté le 28.10.2011)

Sall, Ebrima, « Libertés académiques et droits de l’homme ». (2007) : 161-168, disponible sur www.gemdev.org/publications/...

UNICEF. En Côte d’Ivoire, les écoles restent fermées et les enfants ont du mal à obtenir une éducation de bas, 9 mars 2011 – VIDÉO. Disponible sur www.unicef.org/french/emerg/...

DRSP 2009-2013, Côte d’Ivoire, (Version provisoire), ministère d’Etat, Ministère du plan et du Développement, septembre 2008. Disponible sur www.abidjan.cooperazione.est....

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