Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


La jeunesse, les transformations sociales et le développement en Afrique

2012

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Le thème de l’édition 2012 de l’Institut sur l’enfance et la jeunesse est La jeunesse, les transformations sociales et le développement en Afrique. Il s’agit d’examiner de manière plus approfondie les approches théoriques et empiriques permettant de comprendre le rôle joué par les jeunes dans la transformation des sphères sociales, économiques et politiques en Afrique. La conceptualisation, la définition et la représentation des jeunes et de leurs mondes sont devenues une préoccupation importante pour les chercheurs qui veulent comprendre comment la recherche elle-même a construit les jeunes comme un groupe social distinct, souvent présenté comme perturbateur d’un ordre social cohérent et de ses institutions. Les études qui ont appréhendé les jeunes comme des délinquants, des personnes mal avisées, causant des crises sociales, promptes à faire des bêtises, ou comme des sujets plutôt que des agents de leur propre vie, ont donné un aperçu intéressant des perceptions et des constructions de la jeunesse. De même, des études menées par des chercheurs, pour qui les jeunes en Afrique doivent être considérés sous des angles théoriques et empiriques allant au-delà de ces notions stéréotypées de révolte et de vulnérabilité, ont montré comment les progrès récents en matière de technologie, l’intensification des processus mondiaux et l’affaiblissement continu de l’État-nation contribuent à renouveler et à complexifier les manières de comprendre ce que signifie être jeune en Afrique aujourd’hui. En effet, les interrogations relatives aux jeunes et celles permettant véritablement d’appréhender leur vie, ont été biaisées par des définitions et des questions de recherche souvent issues de contextes socioculturels et politico-économiques étrangers aux expériences directes de la plupart des jeunes africains. Il est donc impératif que la recherche sur la jeunesse en Afrique remette en cause non seulement les explications unilatérales ou simplistes de la vie des jeunes, mais aussi qu’elle tienne compte du fait que ces derniers constitue une population importante, qui croit de manière constante, subit des changements tout en influant sur eux, car la société elle-même est en perpétuelle transformation.

Sur le plan démographique, l’Afrique est un continent jeune, avec 40% environ de sa population âgés entre quinze et vingt-quatre ans, et plus des deux tiers ayant moins de trente ans. Ce poids remarquable de la jeunesse a rendu plus complexe la place parfois secondaire qu’elle occupe en Afrique aujourd’hui ; ceci exige en matière de recherche une approche approfondie et des analyses capables de rendre compte de cette complexité de l’identité, de la vie, des ambitions des jeunes et du rôle essentiel qu’ils jouent dans la transformation de leurs sociétés. De nouvelles manières d’analyser cette complexité sont essentielles, car les points de vue sociologiques classiques de la société qui la voient reproduite à travers un processus linéaire et chronologique marqué par les étapes de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte, ne sauraient suffire dès lors qu’ils tendent à promouvoir l’approche de la « jeunesse comme problème », considérant souvent des pratiques telle que la participation à des conflits ou le fait de ne pas se marier au « bon moment » comme chaotiques et déviantes par rapport à l’ordre social. Bien que ces perceptions correspondent parfaitement à une vision sociale traditionnelle du monde africain façonnée par la gérontocratie où le pouvoir culturel et politique est exercé par ceux qui ont accumulés des connaissances empiriques, les données démographiques relatives aux jeunes et leur désir de grands changements sociaux ne peuvent plus être ignorés. Aujourd’hui, comme l’ont montré de nombreuses recherches, certes de faible envergure, qui appréhendent la culture comme un processus créatif, contesté et complexe de (re) production sociale, les jeunes façonnent activement la société grâce à des stratégies telles que l’invention de nouvelles formes de langage, les contributions créatives à l’économie à travers la culture populaire, la reconstitution des mouvements politiques par la participation à des rébellions armées ou à des manifestations non-violentes, et la refonte du discours public à travers les médias sociaux et la culture expressive, entre autres. Le « Printemps arabe » est une bonne illustration de cette vitalité et de cette créativité, avec des jeunes au premier rang des mouvements de protestation publics qui ont conduit à des changements de régime en Tunisie et en Egypte. Grâce à l’activisme suscité par l’interconnexion croissante de cette génération, du fait des médias sociaux et de la technologie, ces jeunes, comme beaucoup de leurs pairs dans d’autres parties de l’Afrique, réagissent à la réalité des bas salaires, du chômage élevé et de la mauvaise gouvernance, phénomènes étroitement liés aux problèmes économiques. Les changements socioéconomiques et politiques incessants, mus par des institutions financières et des gouvernements occidentaux, ont contribué, par exemple, à une transformation progressive de l’espace africain à travers un processus qui a affaibli l’appareil d’Etat et renforcé la place des jeunes au centre de la vie publique comme en témoigne certains de ces mouvements. Les stratégies de développement du continent, qui ont été en grande partie fondées sur les mesures d’austérité sévères imposées par les Programmes d’ajustement structurel (PAS) des années 1980 et soutenues par la libéralisation économique et la marchandisation continues dans les années 2000, ont eu des effets fortement négatifs sur la jeunesse africaine. Cependant, il y a également eu des signes de changement positif. La croissance du PIB dans des pays comme l’Angola, l’Éthiopie, le Ghana et la Guinée équatoriale avant la fin de l’année 2010 reflète la croissance économique de 6% enregistrée à travers le continent avant la crise économique mondiale de 2008. Des études antérieures ont également montré que le travail des jeunes peut jouer un rôle important dans le processus de développement, en particulier dans les pays où les sociétés rurales sont prédominantes. Aujourd’hui, nous savons qu’avec le progrès de la science et de la technologie, les jeunes sont bien préparés pour assimiler et maîtriser les outils scientifiques et technologiques nécessaires pour stimuler le développement. Cependant, il est fréquent qu’un tel développement ne s’accompagne pas de l’amélioration des infrastructures et des processus démocratiques. Dans de nombreuses régions du continent, le niveau de vie s’est amélioré, mais l’écart entre les riches et les pauvres continue de croître, le chômage reste endémique et les jeunes sont particulièrement affectés. Cela ne se limite pas à l’Afrique, mais est perceptible au niveau mondial. La crise financière de 2008 et ses impacts sociaux dans les pays du Nord, par exemple, montrent que les problèmes des jeunes et le changement social sont devenus un défi mondial dans le contexte de ce que certains appellent la « crise du capitalisme » et que d’autres considèrent comme la « fin du capitalisme ». Les manifestations de colère et de déception, comme celles symbolisées par le mouvement « occuper Wall Street », montrent des jeunes cherchant à bloquer le système social en exigeant plus de justice sociale et d’égalité et à leur tour forçant les problèmes des jeunes à franchir de nombreuses frontières. Bien que ces questions soient plus cruciales en Afrique, en raison principalement de la jeunesse de la population de ce continent et des nombreux défis à relever dans des domaines tels que l’éducation, la formation, l’emploi et la santé, elles appellent à une prise de conscience chez les chercheurs de la nécessité de positionner, de manière critique, les jeunes au centre de toute analyse des transformations sociales et du développement au niveau continental et mondial.

Les discussions précédentes invoquent un certain nombre de questions de recherche qui peuvent être abordées par les participants pour un examen plus approfondi : Comment concilions-nous et comprenons-nous toutes les réalités socio-économiques et politiques concurrentes en Afrique ? Comment les jeunes, en tant que majorité démographique, peuvent-ils exercer le pouvoir, transformer leur monde marqué par des niveaux de chômage élevés et dans un contexte de faible croissance économique en utilisant les nouveaux modes de communication et les nouvelles technologies ? Quel rôle les jeunes jouent-ils aujourd’hui en Afrique dans la transformation de leurs sociétés et comment ces transformations à leur tour déterminent-elles le développement global ? Quels sont les rôles des mouvements populaires décentralisés initiés par les jeunes et que présagent-ils en matière de changements socio-économiques et politiques dans leurs pays, vu l’exemple en Egypte, où un parti bien établi (les Frères musulmans) a reçu un appui suffisant pour prendre le leadership politique et laisser de nombreux jeunes, pourtant impliqués dans le mouvement initial, privés de leurs droits ? Les jeunes en Afrique transforment-ils leurs sociétés ou leurs mouvements sont-ils si peu structurés qu’ils n’apportent pas de changements durables dans leurs sociétés ? Quelle est la place des relations et des processus internationaux dans la détermination et l’appui au développement socio-économique et politique des jeunes en Afrique ? De quelle manière les jeunes ont-ils été impliqués dans les processus démocratiques dans leurs pays ou leurs communautés et comment cette participation détermine-t-elle l’identité et les idées politiques des jeunes ? Les médias sociaux vont-ils déterminer les manières dont les jeunes s’engageront dans leurs sociétés et le monde extérieur et, si oui, à quelle fin ? Qu’en est-il de la dimension sexuée des luttes des jeunes pour transformer leurs sociétés ? Y-a-t-il des exemples d’l’engagement des jeunes en matière d’innovations économiques et technologiques qui influent sur les tendances nationales et régionales pour ce qui touche aux affaires et à l’investissement ? Les participants à l’Institut de cette année devront aborder ces questions et celles qui leur sont connexes.




Commentaires

Tamala - 2013-05-27 06:02:59

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