Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


METHOD(E)S : Appel à contributions

Dates limites 30 octobre 2016

Nombre de visites : 2888

African Review of Social Sciences Methodology/Revue africaine de méthodologie
des sciences sociales

Fractures épistémologiques dans un monde globalisé :normalisations, contestations et alternatives dans les sciences sociales

Editeurs :
Fernanda Beigel, Professeur, Universidad Nacional de Cuyo -‐CONICET, Argentine ;
Jean-‐Bernard Ouédraogo, DR au CNRS, LAIOS, IIAC, EHESS, Paris, France ;
Raewyn Connell, Professeur Emérite, University de Sydney, Australie.

L’usage récurrent du terme « globalisation des sciences sociales » tend à entériner
l’idée d’un processus de domination achevé, de la clôture d’une extension globale des
normes et pratiques scientifiques occidentales ; nous assisterions ainsi à un
achèvement de la domination, désormais sans partage, des institutions, des pratiques
et des théories scientifiques de la zone atlantique nord sur le reste du monde. Le
triomphe de cette hégémonie sur un « monde connecté », pris dans le giron
occidental, semble incontestable et écrase, de fait, toutes les velléités d’expression de trajectoires épistémologiques originales, réduites à n’être alors que de simples
fictions folkloriques, des « rêveries pastorales » qui servent à contenter certaines
fiertés indigènes obsolètes.

Adossé à la puissance de la domination politique et économique, le
déséquilibre dans le domaine scientifique est tel qu’aucun écho dissonant venant
des marges de l’empire n’est entendu dans sa singularité propre. Cette hégémonie
scientifique qui repose sur une forte tendance à la standardisation, à la « 
normalisation » (Stephen Hawking 2007) des savoirs sur les sociétés est pourtant
stérile et loin d’être totale. Derrière la puissance répétitive du mot, la réalité du
monde qu’il exprime jure avec la représentation qui en est donnée ; en contrepoids
du discours performatif de la doxa épistémologique dominante, une grande diversité
épistémique couve sous la tentative d’englobement hégémonique. Les dispositifs
culturels et techniques actuels induits par l’accélération des échanges favorisent
paradoxalement l’affirmation des identités épistémiques et exacerbent ainsi les
contradictions dans le domaine politique comme dans celui de la production des
sciences sociales.

Pour le prochain numéro des méthodes, nous invitons les chercheurs à
analyser, dans le domaine des sciences sociales, les processus d’avènement des
espaces hégémoniques,, leurs élargissements et/ou rétrécissements, ou au
contraire l’affirmation d’autonomies voire de mouvements contre-‐
hégémoniques de l’intérieur ou de l’extérieur des lieux de pouvoir. Toutes les instances hégémoniques savantes, comme celle de l’Occident qui s’impose aujourd’hui, sont à envisager comme des moments particuliers de la dynamique historique du monde au sein de laquelle toutes s’inscrivent. Nous défendons l’hypothèse selon laquelle, pour puissante que soit cette tendance hégémonique contemporaine, celle-ci est contestée à des échelles variées par de nombreuses communautés épistémiques. De par le monde, des espaces scientifiques concurrents ou simplement autonomistes posent des défis scientifiques et politiques à cet ordre scientifique dominant. À y regarder de près, de multiples pôles de résistance voire d’émergence d’alternatives à la science dominante sont actifs à travers le monde. Certains auteurs (Jon Beasley-‐ Murray 2010) envisagent même sérieusement l’avènement d’une ère « posthégémonique ». Il s’agira alors, dans ce numéro, de faire une radiographie critique des contours et des interactions de ces mouvements
scientifiques qui contestent l’ordre scientifique dominant.

La reconnaissance de l’origine politique et ses effets structurants sur les
propositions scientifiques nous paraissent essentiels à la compréhension des luttes
pour l’hégémonie épistémologique, car la tension interne aux arènes politiques sert de
cadre normatif référentiel à la production et à l’usage offensif des connaissances
savantes. Quel rôle jouent les sciences sociales dans ces batailles politiques pour
l’asservissement et pour la libération des groupes sociaux ? Quelles
conséquences ces combats entraînent-ils sur l’ordre cognitif et technique qui
fonde la science ? Il faut garder à l’esprit que l’histoire des sociétés humaines nous
fournit de nombreux exemples d’hégémonies scientifiques dont une documentation
précise des trajectoires nous donnera un précieux éclairage sur les conditions
d’apparition et de disparition des communautés épistémologiques du passé et du
présent. Les espaces savants aussi naissent, vivent et meurent.

Il nous paraît pertinent de revisiter les différents moments manifestant des
phénomènes d’hégémonie et de contre-‐
hégémonie à des échelles variées,
moins globales : continentale, régionale, voire nationale et disciplinaire. Les
affirmations d’autonomie scientifique manifestent une fracture épistémologique,
une rupture conceptuelle, méthodologique et éthique avec l’ordre scientifique
dominant. Quand bien même cette opposition avec la science dominante est latente et
graduée suivant une distance épistémique revendiquée, il faudrait examiner de près
les divergences normatives qui apparaissent dans le contenu même des connaissances,
dans les origines logiques intrinsèques et les valeurs sociales en confrontation à
l’intérieur même du processus de fabrication des connaissances scientifiques. Cette
analyse de la forme des savoirs n’est complète que si elle est reliée étroitement
à la nature du régime politique qui lui imprime ses caractéristiques
essentielles. C’est pourquoi il nous paraît important de toujours bien identifier le
cadre politique dans lequel émergent les structures des savoirs qu’ils soient
oppositionnels ou hégémoniques. De l’articulation de ces échelles de domination
nous pouvons proposer une compréhension plus affinée du processus de
normalisation et des arguments de toutes natures construits à cet effet. Une
interrogation ultime portera sur la manière dont les concepts et les instruments
méthodologiques contribuent à asseoir la domination ou à la contester. Ces points
de rencontre dominatrice ou oppositionnelle sont nombreux et courent tout le
long du processus de production et d’usage des savoirs : a) dans la citation et la
discussion révérencielle ; b) dans l’ordre de l’exposition et de l’argumentation ; c)
dans la désignation des objets ; d) dans le choix de la pertinence de
l’identification et de la manipulation des faits.

Les éditeurs du numéro souhaitent voir s’exprimer dans ce volume les différents
aspects manifestant le phénomène hégémonique. En effet, toutes les rubriques de la
revue Méthod(e)s sont d’excellentes occasions pour mettre en lumière des types
d’expression de la domination et de la contre-domination dans les sciences sociales.

Le dossier thématique accueille les articles analytiques traitant de
cette question d’hégémonie en suivant les multiples dimensions que nous
venons d’exposer (70,000 caractères, espaces inclus).

Les questions de terrain permettront de revisiter ou d’exposer sur un espace
de recherche précis, les expériences empiriques de déploiement d’une volonté
hégémonique ou de contre-hégémonie (50,000 caractères, espaces inclus). Les
éditeurs sont particulièrement intéressés par des contributions basées sur des
expériences de terrains, utilisant des matériaux empiriques et pouvant être
classées dans la rubrique Questions de terrain.

La rubrique Varia reste ouverte aux textes de fond proposant un point de vue
original sur un des aspects de l’hégémonie scientifique (40,000 caractères, espaces
inclus).
La rubrique, Guest Papers mettra en débat un texte classique traitant
ou exprimant une des formes d’hégémonie savante. Le texte central sera discuté
dans de courts textes par des chercheurs issus d’horizons géographiques,
politiques et intellectuels différents (40,000 caractères, espaces inclus).
Sur cette question cruciale de l’hégémonie, nous sommes à la recherche de
textes pouvant porter une discussion large, dépassant des cadres étroits habituels
disciplinaires, nationaux, continentaux et linguistiques.
La note critique proposera un ou deux articles qui examinent un ou plusieurs
travaux importants sur la méthode en relation au thème de ce numéro. Ces critiques
devront mettre en évidence l’importance des questions soulevées dans l’ouvrage
considéré (40,000 caractères, espaces inclus) ;
Dans la rubrique Compte rendu, les chercheurs sont invités à écrire des
commentaires critiques des publications récentes dans le cadre des débats en
cours (15,000 caractères, espaces
inclus).

Les propositions de contributions sont attendues pour le 30 octobre 2016. Les correspondances sont à adresser à Chloé Faux : methodes.review@gmail.com

août 23 2016

Annonce Method(e)s PDF 215.6 ko
Call Method(e)s PDF 194.1 ko


Commentaires