Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Le genre dans l’enseignement supérieur en Afrique

2009

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Les luttes pour l’égalité sociale entre hommes et femmes demeurent pertinentes pour toute tentative de compréhension holistique de l’économie, de la culture et de la politique en Afrique contemporaine – comme, il est vrai, dans toutes les régions du monde. En fait, on peut affirmer que c’est un domaine dont la construction est loin d’être achevée. Et même quand, la tendance
générale, quoique fausse, a persisté à affirmer que la référence au genre n’est qu’un code servant à estampiller d’étroites préoccupations spécifiques aux intérêts des femmes uniquement.

Dans un effort de correction de cette perception erronée, et en même temps, d’ouverture de nouvelles pistes de réflexion sur les questions de genre parmi les chercheurs africains en sciences sociales, le CODESRIA a décidé dans le cadre de son plan stratégique 2007-2011 de continuer de construire un programme de recherche sur le genre, critique et novateur, en proposant, grâce à son institut annuel sur le genre, des thèmes qui contribueraient à la fois à l’élimination des stéréotypes sur les études sur le genre et à repousser les frontières des connaissances sur le genre.

L’éducation à tous les niveaux en Afrique est un lieu de genre et les disparités liées au genre sont plus prononcées. Même si des avancées ont été faites dans la participation des femmes dans l’enseignement supérieur tel que démontré par le nombre croissant d’étudiantes et celui également croissant de femmes atteignant la maîtrise, la remarque de Amina Mama que « le savoir patriarcal est toujours codé dans la pratique quotidienne » est toujours d’actualité dans les discours sur l’enseignement supérieur. De plus, les structures de nombre d’universités africaines restent délibérément masculines, en termes de structure représentationnelle, des procédures de prises de décisions et de la culture de ses membres. Les femmes continuent d’être la minorité dans l’enseignement supérieur et les femmes dans ces institutions sont divisées et isolées pour différentes raisons sociales, économiques, culturelles et psychologiques.

Au sein du CODESRIA, la nature genre de l’enseignement supérieur a été mise en avant en décembre 2008 lors de la conférence des doyens de facultés de sciences sociales tenue à Yaoundé en marge de la 12ème Assemblée générale. 19 doyens de différents pays africains représentant les facultés de sciences sociales et humaines ont pris part à la conférence, dont une seule femme. L’absence de femmes doyens à la conférence s’explique par le fait que dans les universités africaines le nombre de femmes doyens est très restreint. En plus d’être une minorité quantitative, ces femmes font face à des défis énormes liés à leur genre au niveau personnel et professionnel qui affectent leur liberté de mouvement (participation à des conférences). Le problème du genre dans l’enseignement supérieur est global bien que plus accentué en Afrique. Ceci a des implications plus grandes dans la production de connaissances tenant compte du genre à un niveau mondial. L’enjeu de niveler le terrain genre dans l’enseignement supérieur implique de trouver des stratégies de réorganisation et de transformation des institutions de l’enseignement supérieur africain d’une manière permanente qui offrent des opportunités de développement et d’avancement de carrière aux femmes tout en reconnaissant les multiples rôles liés spécifiquement à leur genre.

A cet effet, l’institut sur le genre 2009 portera l’attention des lauréats sur la compréhension des facteurs qui influencent et freinent les femmes dans leur participation dans l’enseignement supérieur aussi bien que la compréhension du genre dans les structures et le caractère de l’environnement de l’enseignement supérieur en Afrique. Les lauréats seront également encouragés à produire des études/résultats qui adressent des stratégies transformatives liées à la recherche, au développement des enseignements, à la gestion et à la prise de décision. Ces stratégies devraient pousser les lauréats à réaliser sur des moyens de déconstruire les dynamiques complexes
d’injustice et d’inégalité post-coloniale dans l’enseignement supérieur africain, tout en tenant compte de l’environnement particulier dans lequel se trouvent les institutions d’enseignement supérieur africaines au 21ème siècle.

Les objectifs de l’institut sur le genre 2009 sont de :

· Fournir une plateforme aux universitaires africains qui ont un intérêt théorique et empirique sur les relations de genre dans l’enseignement supérieur africain ;

· Familiariser les chercheurs avec la littérature la plus récente dans le domaine et ce faisant, consolider une perspective africaine dans les débats théoriques en cours sur les relations de genre et/ou dans l’éducation ;

· Affiner les outils de recherche analytique sur le genre, et promouvoir une méthodologie dans la compréhension et l’évaluation de la prise de décision dans les institutions d’enseignement supérieur et comprendre les disparités qui vont des inégalités quantitatives à celles qualitatives,

· Encourager la production de connaissances africaines sur les relations de genre qui soustendent les marchés du travail et, par la même occasion, contribuer à l’émergence d’une masse critique d’un réseau d’intellectuels ayant un intérêt actif dans l’approfondissement de la recherche sur ce thème

· Encourager les chercheurs à développer des stratégies transformatives qui remettent en question les injustices passées et présentes liées au genre, entre autres, dans les systèmes d’enseignement supérieur africains.

Pourquoi le thème de la participation des femmes dans l’enseignement supérieur est important ?

1.Les universitaires, doyens, professeurs, recteurs, responsables de service de scolarité, dirigeants de syndicats d’enseignement jouent un rôle très important dans le développement des institutions. Leurs contributions à la création d’institutions sensibles au genre est indispensable à différent niveaux ;

2.La visibilité des femmes dans les postes de responsabilité agit comme un catalyseur qui motive les jeunes femmes à jouer un rôle plus important dans les institutions d’enseignement supérieur, ce faisant à changer les injustices postcoloniales persistantes ;

3.Bien que le nombre de femmes obtenant des diplômes supérieurs dans les universités africaines africaines ait augmenté avec le temps, peu de femmes sont retenues dans les institutions d’enseignement supérieur et encore moins atteignent des postes de responsabilité ;

4.La plupart des institutions d’enseignement ont de vieilles manières patriarcales d’opération. Il est difficile de remettre en question ces structures à partir des amphithéâtres. Pour qu’il y ait un réel changement, il est nécessaire de régler les questions de genre au plus haut niveau des institutions en impliquant les femmes dans la prise de décisions, dans l’enseignement, dans la gestion et dans les activités syndicales ;

5.L’absence persistante de femmes universitaires dans des postes de décision est la réflexion de disparités sérieuses à tous les niveaux de l’éducation en Afrique. Il existe un goulot d’étranglement systématique, basé sur le genre qui a besoin d’être compris, pris en charge et éliminé.

novembre 5 2009



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